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Pays-Bas > Histoire: Les autorités de la Haye apurent leur passé esclavagiste et colonial

Sur plusieurs fronts, les Pays-Bas font des avancées notables : des excuses officielles seront faites en décembre pour le passé esclavagiste, et un Musée de l'esclavage verra le jour. Le Palais royal, de son côté, va examiner ses collections pour identifier les objets volés à l'époque coloniale. Les deux dernières villes qui tenaient au blackface de la tradition du « Zwarte Piet » y ont finalement renoncé.

Par panorama papers
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Par Joël Onana

Les autorités de La Haye préparent le terrain, avant la présentation d’excuses officielles pour la participation des Pays-Bas à la traite transatlantique. Le gouvernement semble marcher sur des œufs, alors que l’esclavage a été aboli en 1863 aux Pays-Bas, sur le tard – 15 ans après la France et 30 ans après la Grande-Bretagne. L’exécutif a annoncé à plusieurs agences de presse, début 4 novembre, son intention de franchir ce pas en décembre, après de longues hésitations.

Sur un sujet qui risque de « polariser » la société, selon le Premier ministre Mark Rutte, et dans un contexte où seulement 35% des Néerlandais sont favorables à de telles excuses, le gouvernement a finalement décidé d’écouter son propre comité consultatif d’experts. Celui-ci, formé en 2020 dans le sillage de la vague antiraciste mondiale provoquée par la mort de George Floyd, a recommandé les excuses. Tout comme l’enseignement du passé colonial dans les écoles, en raison des faibles connaissances des Néerlandais sur le sujet.

La Compagnie des Indes occidentales (Wic), spécialisée comme sa grande sœur la Compagnie des Indes orientales (Voc) dans le négoce maritime, s’est livrée à la traite de 1650 à 1730. Elle a opéré à partir des actuels Bénin et Ghana, ainsi que depuis l’Angola, et vendu des esclaves dans les plantations sucrières des Caraïbes, à la Barbade et au Surinam notamment. L’université de Leyde estime que les Pays-Bas ont participé à hauteur de 5 à 7% de la traite négrière, soit 550 000 à 600 000 Africains déportés.

Le Royaume ne va pas se payer de mots lors de ses excuses. Pas moins de 200 millions d’euros seront mis sur la table afin de « promouvoir la conscience autour du rôle des puissances coloniales dans la traite ». Un budget supplémentaire de 27 millions d’euros est prévu pour édifier un Musée de l’esclavage, comme l’a fait la ville de Liverpool en 2007 en Grande-Bretagne.

Enquête dans les collections du Palais royal 

Si le mot « restitution » n’a pas encore été prononcé, le Palais royal a annoncé le 10 novembre son intention de passer en revue ses collections, pour identifier les objets datant de l’époque coloniale qui auraient été volés et/ou pris par la force. L’Indonésie, ancienne colonie néerlandaise, réclame depuis juillet huit collections d’art et de sciences naturelles, parmi lesquelles les rênes du cheval monté par le chef d’une rébellion à Java au début du XIXe siècle, ainsi que le « trésor de Lombok ».

Cet important lot de bijoux et de pierres, qui comportait 230 kg d’or et 7,2 tonnes d’argent, a été pillé à Lombok, une île volcanique de l’archipel indonésien, colonisée de 1894 à 1942 malgré la résistance acharnée de la monarchie locale. Le trésor a été pour moitié restitué en 1978, à la demande insistante de l’Indonésie, mais certains de ses joyaux demeurent dans les collections du Musée d’ethnographie de Leyde.

La revue, minutieuse, s’étendra sur 18 mois et sera confiée à un comité d’experts qui comprend Rudi Ekkart. Cet historien de l’art est connu pour avoir enquêté à partir de 1997 sur les oeuvres volées à des familles juives sous l’occupation allemande, afin de les restituer à leurs ayants droits. L’une de ces pièces, un tableau de maître du XVIIe siècle signé Joris van der Haagen, a été retrouvée en 2015 dans les collections du Palais. Un collectionneur juif avait été contraint, en 1942, de la livrer à une banque allemande. La reine Juliana l’avait ensuite achetée en 1960 à un marchand d’art.

La fin du « blackface » dans les défilés de la Saint-Nicolas

Autre volet sensible : la tradition du Zwarte Piet, qui donne lieu à des « blackfaces », défendue par les villes de Volendam et Venlo, fief de l’ultra-conservateur xénophobe Geert Wilders. Ces deux localités représentaient les deux derniers bastions d’une défense acharnée de la figure du Zwarte Piet (Pierrot le noir). Cette tradition de blackface est vivement contestée, en Belgique comme aux Pays-Bas et son ancienne colonie du Surinam, depuis une quinzaine d’années.

Volendam et Venlo viennent de céder, sous la pression : leur Swarte Piet, ce personnage qui fait office de serviteur de Saint-Nicolas pour récompenser les enfants ou leur faire peur, aura cette année des rayures sur le visage. Un « compromis » qui diffère de la solution des autres villes, mais qui est perçu par la presse néerlandaise comme une avancée.

En 2019, les festivités nationales autour de la Saint-Nicolas ont pour la première fois mis au placard les atours du Zwarte Piet – boucles d’oreilles, grosses lèvres rouges, blackface et perruque afro -, reconnus comme des stéréotypes racistes. Elles les ont remplacés par le « sooty Piet », incarné par de jeunes Néerlandais dont les visages portent quelques marques de suie, sans plus. Comme si le passé colonial pouvait enfin s’épousseter, dans une sorte de démaquillage national. 

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Revue de presse du 26 02 2024

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