Par la Rédaction
Yaoundé, 9 octobre 2026 (Panorama Papers) – Les chiffres sont têtus. Selon le Baromètre économique de la CEMAC d’août 2026, publié par la Banque mondiale, le nombre de Camerounais vivant avec moins de 3 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat est passé de 7,1 millions en 2021 à 8,4 millions en 2025. Et la tendance se poursuit : l’institution projette une hausse d’environ 840 000 personnes supplémentaires entre 2025 et 2028, portant le total au-delà de 9 millions d’habitants.
Pourtant, le produit intérieur brut réel du pays a progressé de 3,2 % en 2025. Mais cette croissance « reste insuffisante pour améliorer significativement les conditions de vie d’une population en augmentation rapide », note la Banque mondiale. Le revenu par habitant demeure inférieur de 20 % à son niveau du boom pétrolier des années 1980.
L’explication tient en une phrase : « La création d’emplois ne suit pas le rythme de la progression démographique, ce qui contribue à maintenir une pression élevée sur les revenus des ménages. » L’indice de capital humain du Cameroun s’établit à 0,4, en dessous des pays comparables.
À cette fragilité s’ajoute une contrainte budgétaire croissante : le déséquilibre des finances publiques réduit la capacité de l’État à financer les politiques sociales, tandis que le service de la dette grignote les marges de manœuvre. Le secteur des hydrocarbures, en déclin structurel — production pétrolière en baisse de 9,37 % en 2025 — pèse directement sur les recettes.
À l’échelle de la CEMAC, le tableau est tout aussi sombre : plus d’un tiers de la population, soit environ 25 millions de personnes, vivrait dans l’extrême pauvreté en 2025, un taux de 36,2 % resté quasiment stable. Pendant ce temps, la République centrafricaine et le Congo affichent respectivement 67,5 % et 51,8 % de leur population sous le seuil.
Une question demeure, un an après la présidentielle d’octobre 2025 : comment l’État compte-t-il inverser une courbe que cinq années de croissance n’ont pas réussi à infléchir ?
