Par Madani Charaf
Naypyidaw, 8 octobre 2026 (Panorama Papers) –_ C’est un virage diplomatique majeur que révèle Reuters : l’administration Trump a entamé des pourparlers directs avec le gouvernement installé par les militaires au Myanmar, rompant avec des années d’efforts américains pour isoler les généraux depuis le coup d’État de 2021.
Au cœur de cette ouverture, Michael Vance, sous-secrétaire d’État au renseignement et à la recherche, confirmé à ce poste en août. Il a rencontré les 15 et 16 septembre, dans la capitale Naypyidaw, le chef du coup d’État devenu président, Min Aung Hlaing — le contact au plus haut niveau depuis 2021. L’entretien visait officiellement à obtenir la libération de l’homme d’affaires américain Adam Castillo, mais il a ouvert la porte à un engagement plus large, selon sept responsables américains en exercice ou anciens, proches du dossier.
Les chantiers sont connus : la fermeture des centres d’escroquerie qui ciblent les Américains, et surtout l’accès aux gisements birmans de terres rares — un enjeu stratégique dans la compétition avec la Chine, qui contrôle près de 90 % des capacités mondiales de traitement. L’administration a d’ailleurs levé la semaine dernière des sanctions visant plusieurs alliés de la junte.
Le paradoxe est saisissant : Min Aung Hlaing reste sous sanctions américaines pour violations des droits humains, dont les massacres et expulsions de centaines de milliers de Rohingyas en 2016-2017, qualifiés de génocide par Washington. Moins de deux semaines après la visite de Michael Vance, l’armée birmane menait une frappe aérienne sur un marché bondé de l’État Rakhine, faisant plus de 50 morts selon les Nations unies.
Cette rencontre illustre le basculement de la diplomatie trumpiste : de la promotion de la démocratie vers un engagement transactionnel. Un précédent qui résonne jusque dans les débats africains, où la question de la souveraineté sur les ressources critiques — des terres rares aux minerais stratégiques — est devenue centrale.
Source : Reuters.
