Par Arlette Akoumou Nga
Au regard des éléments informatifs dénués de tout fondament, il est loisible de revisiter le parcours de cet entrepreneur économique aux multiples casquettes.
Dans la société camerounaise contemporaine, certaines trajectoires sont plus évocatrices que des longs discours. Celle de Jules François Famawa en fait partie. Né en 1972 à Bazou, dans le Ndé, il n’est ni héritier, ni apparatchik de formation. Il est entrepreneur économique. Très tôt, il se lance dans les affaires et se fait progressivement une identité singulière. Il y’a 10 ans, l’histoire se forge C’est, en effet, en 2016 que J.F. Famawa crée la Jff Oil à Limbé. Huit ans plus tard, son groupe Jff Holding pèse dans le pétrole et le maritime. En mars 2025, il fait entrer au port de Cap Limboh 40 000 tonnes de gasoil venues de la raffinerie Dangote. Avec son tanker Sea Bazou 2, il devient un maillon concret et incontournable de la sécurité énergétique entre le Nigeria et le Cameroun.
Le 20 mai 2026, la République lui attribue une gratification symbolique, en le reconnaissant Chevalier de l’Ordre de la Valeur. Une distinction qui consacre moins un homme qu’un modèle : celui de l’entrepreneur qui investit, emploie, et prend des risques.
Mais le parcours de J.F. Famawa ne se limite pas aux cuves et aux quais. Il passe aussi par les stades. Président de la Panthère sportive du Ndé, il a voulu ramener le football de cette aire culturelle au premier plan. Le chemin a été escarpé d’embûches et d’entraves. À preuve, il a été écopé d’une suspension de 5 ans en 2022, annulée en 2023 par le Tribunal arbitral du sport(Tas). Entre passion, excès et batailles institutionnelles, son passage à la tête du club aura révélé deux variantes : l’engagement financier des élites locales pour le sport et la nécessité urgente de professionnaliser sa gouvernance.
Troisième casquette : la politique. Conseiller régional Ndé-Ouest en 2020, l’engagement de J.F. Famawa a tenu bien de personnes en haleine..À Bazou, c’est lui qui est le principal financier du parti. Cadre du Rdpc(Rassemblement démocratique du peuple camerounais), présenté comme proche de feu Marcel Niat Njifenji, cet acteur politique s’affiche comme un soutien de l’émergence 2035. À l’Ouest, il est à la fois mécène, élite de premier plan grand contributeur.
On le crédite d’emplois créés, de soutien et de financement aux projets des jeunes. Les jeunes étudiants, il a pensé à eux, en offrant récemment un bus flambant neuf à toutes les universités d’État au Cameroun. Preuve par neuf d’un accompagnement des politiques publiques pour une gouvernance qui donne satisfaction au bas-peuple.
Jules François Famawa cristallise, au-delà de tout, une question centrale pour le Cameroun : comment faire de nos entrepreneurs des acteurs de développement sans qu’ils deviennent des super-hommes qui cumulent l’argent, le sport et le pouvoir politique ? Son ascension témoigne de ce qu’il est possible, depuis Bazou, de peser sur l’économie nationale. Elle montre, dans la même veine, que nos institutions sportive et politique ont encore besoin de garde-fous pour que l’engagement ne vire pas à la confusion des rôles.
En substance, J.F. Famawa n’est ni un héros, ni un anti-héros. Il est le reflet d’un pays en transition. Un pays qui a besoin de capitaines d’industrie, mais aussi de règles claires. Un pays qui célèbre la réussite, mais qui doit exiger la transparence.
Si le Cameroun veut transformer des trajectoires individuelles en progrès collectif, il lui faudra garder le nec le plus ultra de ce modèle : l’audace d’entreprendre. Et corriger le reste : la concentration des pouvoirs. Puisqu’un pays n’émerge pas seulement avec des tankers et des fonctions politiques électives. Il émerge quand le business crée de la valeur, quand le sport forme des citoyens et quand la politique sert l’intérêt général.
C’est à l’aune de ces invariants que nous jugerons bien de Jules François Famawa de demain. Ainsi ces maçons seront-ils jugés au pied du mur!
