Par Serge Aimé BIKOI
L’audience criminelle spéciale de session s’est ouverte, ce lundi, au tribunal militaire de Yaoundé avec la présence du nouveau commissaire du gouvernement, André Eric Atemengue Omgba, qui a pris ses fonctions le 10 septembre 2026. L’audience a été marquée par le contre-interrogatoire des accusés, dont ceux de Bruno Bidjang, du lieutenant-colonel Justin Danwe, du Marechal de Logis Stéphane Tongue Nana, des fonctionnaires de police Yves Saiwang et Eudji. Au sortir de l’audience qui a été, momentanément, suspendue à 16h et 50mn, pour reprendre près d’une heure de temps après, Me Jules Bambia, après trois ans de procès, continue de s’interroger sur la présence de ces deux clients dans l’affaire Martinez Zogo. Pour Me Bambia, les fonctionnaires de police Yves Saiwang et Eudji n’ont rien à faire dans ce procès lié à l’assassinat de Martinez Zogo.
“Nos clients sont comme deux cheveux dans la soupe et n’ont pas leur place devant ce tribunal”. C’est la thèse défendue par Me Jules Bambia, conseil de Yves Saiwang et Eudji. L’homme en robe noire indique que le reproche qui leur est fait est d’avoir produit la fiche de localisation et la fiche technique depuis janvier 2023. Selon l’avocat, “ces fiches sont, d’une certaine manière, rattachées à l’opération. Sauf que le colonel Danwe a utilisé ces fiches pour tromper la vigilance des membres du commando comme pour dire que c’était une mission de service. Nous sommes en train de démontrer que ces fiches n’ont pas pu indiquer aux membres du commando l’emplacement du lieu de service de Martinez Zogo, la couleur de véhicule, ni même le domicile du journaliste”.
J. Bambia explique, par la suite, que deux techniciens de la direction de la surveillance électronique sont passés comme témoins du ministère public devant le tribunal militaire de Yaoundé et ont indiqué que ces fiches-là ne peuvent pas conduire vers une cible donnée. Et pour cause: il faut associer des éléments . “L’ancien directeur de la Dgre a dit pour qu’une fiche soit digeste, une fiche technique doit passer par une cellule pour rendre cela digeste et exploitable. Ce qui n’a jamais été fait par la Dgre(Direction générale de la recherche extérieure). La question est donc simple : pourquoi a-t-on arrêté ces enfants alors que celui qui a produit la fiche géolocalisation est en liberté. Il s’appelle Ndi Mbarga”.
J. Bambia estime que ces clients se sont retrouvés au mauvais endroit et au mayvais moment parce que ce sont des lève-tôt et des couche-tard. “Pour être arrivés au travail tôt ce jour-là, illustre l’avocat de Saiwang et Eudji, il (Danwe) a sollicité l’un d’entre eux pour lui produire une fiche de localisation. Est-ce qu’on peut demander à un coaccusé qui participe à la même mission que vous un renseignement ? Vous ne pouvez pas demander un service à celui qui participe, de la même manière que vous, à une mission que vous avez concoctée ensemble. C’est pourtant ce qui s’est passé. Cela ressort du procès-verbal de rapport du Pr Bell Bitjocka, où la déposition de mon client ou la conversation entre mon client et Danwe fait état de ce que Danwe lui demande un service”.
Alors, “comment peut-on inculper quelqu’un qui a, juste, rendu service à son supérieur hiérarchique sans pour autant savoir ce à quoi devait servir la fiche de localisation qu’il sollicitait auprès de lui?”, s’interroge Me Bambia, qui ajoute que cette fiche n’a jamais été exploitée “parce que, poursuit-il, le colonel Danwe a démontré que, s’agissant du cas de Martinez Zogo, ils avaient déjà un point d’accroche, qui était le lieu de service et sa photo qui n’étaient produits par mes clients. Et l’on sait qui a produit cette photo, qui a produit la localisation par rapport au lieu de service. Tous ces gens-là sont en liberté. Tout ce beau monde- là (que ce soit ceux qui ont produit la photo, que ceux qui ont produit le plan de localisation de domicile ou ceux qui ont produit les numéros de téléphone ou même ceux qui ont situé le lieu de Amplitude Fm sont en liberté”.
À la question de savoir si Saiwang et Eudji sont des malchanceux, Me Bambia répond : “Ils(Saiwang et Eudji) sont, peut-être, sous le coup d’un sort funeste . Je vous laisse la liberté de découvrir quel type de sort parce que je me dis que c’est une façon, pour Dieu, de les protéger parce que s’ils étaient en liberté, ils seraient, peut-être, passés de vie à trépas. Parce que je ne comprends pas comment des fins limiers de la police et de la gendarmerie nationale ont fait une enquête dans une sorte de commission mixte, mais c’est un juge d’instruction qui vient les embastiller et ils se retrouvent aujourd’hui sans que l’on ne puisse dire et déterminer ce qu’ils ont fait réellement”.
J. Bambia conclut à la thèse selon laquelle c’est le même commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé, aujourd’hui promu, qui les a laissés à l’enquête préliminaire ou, du moins, n’a pas jugé utile de les envoyer dans les geôles et qui a pris sur lui de leur poser des questions à charge. “On a l’impression qu’on est en train de chercher les poux sur les têtes chauves. Mais chance que le temps de la justice est en train de se dérouler et la vérité est en train de naître dans l’esprit des Camerounais. Quand on va finir par découvrir qu’il y a des gens innocents dans ce procès, on se posera donc la question de savoir pourquoi la méchanceté humaine a pris le dessus jusqu’à présent”.
L’affaire Martinez Zogo reprend ce mardi, 15 septembre avec la suite de l’audition des témoins du ministère public.
