Accueil » Cameroun | Affaire SRC: Rebecca Enonchong dénonce un acharnement et annonce un procès contre le gouvernement

Cameroun | Affaire SRC: Rebecca Enonchong dénonce un acharnement et annonce un procès contre le gouvernement

Depuis l'éclatement de l'affaire qui l'oppose à la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC), Rebecca Enonchong s'est exprimée publiquement ce mardi 21 juillet 2026 à douala. Face à la presse, la cheffe d'entreprise a rejeté en bloc les accusations de dette formulées contre elle, dénoncé de graves irrégularités dans la procédure de recouvrement et annoncé son intention d'engager une action contre l'État du Cameroun devant une juridiction internationale. Des accusations fermement rejetées par la SRC, qui soutient agir dans le strict respect de la loi.

by Panorama Group, LLC
0 comments

Par Julie Peh

« Je ne suis pas avocate, je suis entrepreneure dans la technologie. Je vais m’en tenir aux faits. »

C’est par cette mise au point que Rebecca Enonchong a ouvert sa conférence de presse, entourée de son équipe d’avocats , Me Sylvain Oum (Enonchong Chambers) et Me Yves Mbadi . L’objectif était de retracer, la véritable chronologie d’un dossier qui alimente depuis plusieurs jours un vif débat dans l’opinion publique.

Selon la fondatrice d’AppsTech, tout commence le 15 décembre 2025. Ce jour-là, elle participe à Paris à une conférence de presse organisée par les avocats d’Issa Tchiroma Bakary. Elle y évoque les conséquences économiques de la crise post-électorale et dénonce ce qu’elle considère comme l’utilisation des moyens de l’État pour exercer des pressions sur des opérateurs économiques.

Le lendemain, 16 décembre 2025, alors qu’elle se trouve toujours en France, son équipe l’informe qu’un courrier a été déposé à ses bureaux. Quelques heures plus tard, elle reçoit, sur son numéro WhatsApp américain, une notification de la SRC lui annonçant avoir racheté une créance qu’elle serait tenue de rembourser.

« Aucun document ne prouvait cette dette. »

Rebecca Enonchong affirme avoir immédiatement relevé plusieurs incohérences. D’abord, le nom de la société mentionnée dans cette première correspondance ne correspond à aucune entreprise légalement enregistrée à son nom au Cameroun. Ensuite, aucun justificatif ne serait joint au courrier.

« Il n’y avait aucune preuve de cette prétendue créance. Pas un contrat, pas un relevé bancaire, pas un seul document démontrant que je devais de l’argent », a-t-elle déclaré.

Une nouvelle mise en demeure lui est adressée le 19 février 2026, cette fois avec une autre dénomination sociale, avant que des commandements de payer ne soient délivrés.

« Les étapes prévues par la loi ont été ignorées »

L’entrepreneure déclare que ses avocats ont immédiatement saisi le Tribunal de première instance de Douala afin d’obtenir l’annulation de ces actes. Mais c’est surtout la chronologie de la procédure qui, selon elle, révèle les irrégularités. Rebecca soutient que les contraintes exécutoires ont été signées le 13 février 2026, soit avant la mise en demeure reçue le 19 février 2026.

Autrement dit, la SRC aurait enclenché la procédure d’exécution avant même l’expiration du délai légal laissé au débiteur pour répondre à une sommation.

« On ne peut pas signer une contrainte avant même que la sommation n’ait produit ses effets. Les règles existent pour protéger les citoyens », a-t-elle insisté.

La semaine dernière, alors que la procédure est toujours pendante devant les tribunaux, policiers, gendarmes et agents chargés de l’exécution se présentent dans les bureaux de l’entreprise. Rebecca Enonchong raconte avoir découvert, à son arrivée, que des équipements étaient déjà en cours d’enlèvement. Elle affirme qu’aucun titre exécutoire ne lui a été présenté avant le début des opérations.

« Pendant près de deux heures, personne ne nous a montré le moindre document. Les procès-verbaux n’ont été remis qu’au moment où les agents quittaient les lieux », a-t-elle déclaré.

Le dossier est aujourd’hui toujours en attente des réquisitions du ministère public.

Une affaire « qui dépasse une simple dette »

Pour Rebecca Enonchong, ce dossier ne se résume pas à un litige commercial. Sans désigner directement les autorités, elle estime que cette procédure intervient dans un contexte particulier, rappelant qu’elle avait publiquement pris position sur la situation politique du pays en décembre 2025. Ce n’est pas la première fois que la vice présidente se retrouve confrontée aux institutions judiciaires camerounaises.

« Je ne suis plus certaine de pouvoir obtenir justice au Cameroun », a-t-elle affirmé.


Rebecca Enonchong rappelle avoir créé son entreprise aux États-Unis en 1997 avant d’ouvrir une filiale au Cameroun en 2001. Estimant que ses droits d’investisseuse n’ont pas été respectés, elle annonce avoir engagé des consultations afin de poursuivre l’État du Cameroun sur la base de l’accord bilatéral de protection des investissements signé entre le Cameroun et les États-Unis en 1986.

« Nous irons au-delà des juridictions camerounaises. Il est temps que chacun réponde de ses actes », a-t-elle déclaré.

La SRC défend une tout autre version

Face à ces accusations, la SRC rejette catégoriquement toute motivation politique. Dans une communication rendue publique, l’entreprise explique que le dossier trouve son origine dans un ancien compte bancaire ouvert auprès de l’UBC Bank. Selon elle, la créance résulte d’un découvert bancaire devenu exigible avec les intérêts. La SRC affirme disposer de plusieurs pièces justificatives, notamment une fiche signalétique, un spécimen de signature, une copie de pièce d’identité, des décomptes bancaires, des sommations et différents actes de procédure.

Elle soutient également que la créance remonte à plusieurs années, bien avant les prises de position politiques de Rebecca Enonchong, rappelant que les opérations concernées remonteraient à 2006, que le compte aurait été clôturé en 2015 et que le mandat de recouvrement lui aurait été confié en 2022.

Pour la SRC, il ne s’agit donc pas d’une affaire politique, mais d’un contentieux bancaire classique. Deux versions s’affrontent désormais. D’un côté, Rebecca Enonchong dénonce une procédure qu’elle estime irrégulière et politiquement motivée. De l’autre, la SRC affirme disposer de tous les éléments établissant la réalité de la créance et défend la régularité de ses démarches.

En attendant les réquisitions du ministère public et les décisions des juridictions saisies, ce dossier dépasse désormais le simple cadre d’un contentieux financier. Il pose aussi la question de la confiance des investisseurs, de la sécurité juridique des entreprises et du fonctionnement des institutions dans un contexte où chaque partie campe fermement sur ses positions.

Ecouter la conférence de presse en intégralité

You may also like

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest

0 Commentaires
Need Help? Chat with us
Panorama Papers
Support online
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x