Par Ilyass Chirac Poumie
Marcel Niat Njifenji, né le 26 octobre 1934 à Bangangté dans la région de l’Ouest du Cameroun et décédé le 11 avril 2026 à Yaoundé, aura été l’une des figures les plus durables et structurantes du système politique camerounais. Issu d’un milieu modeste, avec un père infirmier et une mère agricultrice, il appartient à l’aire culturelle bamiléké du Ndé, dont il restera toute sa vie l’un des notables les plus influents.
Brillant élève, il fait partie de la première génération d’élites camerounaises formées en France. Après son passage au lycée Leclerc de Yaoundé, où il se distingue en remportant le concours général en 1954, il poursuit des études supérieures en sciences physiques et mathématiques à Clermont-Ferrand avant d’intégrer Supélec, d’où il sort ingénieur. Ce parcours académique d’excellence le positionne très tôt comme un technocrate de haut niveau appelé à jouer un rôle clé dans la construction de l’État camerounais postindépendance.
Sa carrière débute dans l’administration technique, notamment comme ingénieur des ponts et chaussées, avant qu’il ne s’impose durablement dans le secteur stratégique de l’énergie. Pendant près de trois décennies, de 1974 à 2001, il dirige la Société nationale d’électricité (Sonel), contribuant de manière décisive à l’extension du réseau électrique et aux politiques d’électrification du pays. Cette longévité à la tête d’une entreprise publique majeure fait de lui un pilier de l’appareil d’État et un homme de confiance du pouvoir.
Son parcours est toutefois marqué par une épreuve majeure lors de la tentative de coup d’État d’avril 1984 contre le président Paul Biya. Arrêté et emprisonné dans un contexte de purge politique, Marcel Niat Njifenji subit des mauvais traitements et tente même de se suicider en détention. Libéré en 1989, il est progressivement réhabilité, retrouvant ses fonctions et sa place dans les cercles du pouvoir, ce qui témoigne de sa résilience et de sa fidélité au régime.
À partir des années 1990, il entre pleinement en politique. Il est nommé ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire entre 1990 et 1991, puis vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie en 1992. Parallèlement, il est élu député sous la bannière du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), même s’il n’exercera pas ce mandat. Son profil hybride, à la fois technocrate et homme politique, illustre la structuration du pouvoir camerounais autour de figures polyvalentes et loyales.
Au début des années 2000, il consolide son ancrage local en devenant maire de Bangangté, fonction qu’il occupe de 2002 à 2007. Dans son fief du Ndé, il apparaît comme un acteur clé du développement local et un relais incontournable du pouvoir central, renforçant ainsi son influence politique et sociale au sein de la communauté bamiléké.
L’apogée de sa carrière intervient en 2013, lorsqu’il est nommé sénateur puis élu premier président du Sénat du Cameroun, institution nouvellement mise en place. À ce poste, qu’il occupe pendant plus d’une décennie, il devient la deuxième personnalité de l’État et le successeur constitutionnel du président de la République en cas de vacance du pouvoir. Sa reconduction régulière à cette fonction stratégique confirme son rôle central dans l’équilibre institutionnel du régime.
Cependant, à partir des années 2020, son état de santé se dégrade progressivement. Ses apparitions publiques se raréfient et ses absences se multiplient, alimentant les interrogations sur sa capacité à exercer ses fonctions. En mars 2026, il est remplacé à la tête du Sénat, quelques semaines seulement avant son décès à l’âge de 91 ans.
Sur le plan personnel, Marcel Niat Njifenji était marié à Marcie Tchaptchet et père de plusieurs enfants, dont Eric Aimé Niat, qui lui succède à la mairie de Bangangté. Protestant, il s’est également investi dans des initiatives religieuses et culturelles, notamment en faveur de la promotion de la langue et de l’identité medùmbà.
Son image dans l’opinion publique reste contrastée. Admiré pour sa longévité, son expérience et sa loyauté, il est aussi critiqué comme l’un des symboles de la gérontocratie camerounaise et du verrouillage du système politique. Pour ses partisans, il incarne la stabilité et la continuité de l’État ; pour ses détracteurs, il représente un ordre politique peu ouvert au renouvellement.
Au terme de plus d’un demi-siècle de présence au sommet de l’État, Marcel Niat Njifenji laisse l’empreinte d’un homme du sérail, discret mais influent, qui aura traversé les époques sans jamais rompre avec le pouvoir. Son parcours illustre la fusion entre technocratie et politique, ainsi que la permanence des élites qui ont façonné le Cameroun contemporain. Sa disparition marque, pour beaucoup, la fin d’une génération qui aura profondément structuré les institutions et les équilibres du pays.
Né en 1934 à Bangangté, Marcel Niat Njifenji appartient à la première génération d’élites camerounaises formées en France après l’indépendance. Longtemps directeur général de la Société nationale d’électricité (1974–2001), il joue un rôle clé dans le développement des infrastructures énergétiques du pays avant d’intégrer le gouvernement au début des années 1990. Survivant de la purge consécutive à la tentative de coup d’État de 1984, il revient progressivement au cœur du pouvoir. Maire de Bangangté puis sénateur, il devient en 2013 le premier président du Sénat, occupant dès lors la fonction de deuxième personnalité de l’État et successeur constitutionnel du chef de l’État. Figure à la fois respectée et critiquée, il incarne la longévité et la stabilité du régime camerounais jusqu’à son décès en avril 2026.
