Par Serge Aimé BIKOI
Selon Me Ulrich Ngouana, avocat au barreau du Cameroun et membre du collectif de défense citoyenne, un groupe chargé de la défense des prisonniers de la crise post-électorale, sept affaires étaient en délibéré. Une dame, qui comparaissait libre depuis ces derniers mois, a écopé d’un an d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans. Parmi les six personnes restantes, deux ont écopé de huit mois d’emprisonnement ferme alors que les quatre autres s’en tirent avec un an d’emprisonnement ferme. De manière globale, certains prévenus seront libérés dès le début de la semaine prochaine. Quatre autres sortiront en décembre 2026.
Après lecture de cette sentence, Me U. Ngouana et l’ensemble des membres du collectif de défense citoyenne affichent leur déception. Ils s’attendaient, en effet, à un acquittement devant conduire à la libération de bien de prévenus puisque, explique-t-il, “les éléments à charge n’étaient pas assez suffisants pour prononcer la condamnation des personnes qui, en réalité, n’ont rien fait. Nous allons rencontrer les concernés pour analyser les possibilités de formulation des recours dans la mesure où il faudra voir s’ils sont prêts pour qu’on aille à la cour d’appel du Centre contester cette décision”.
Après les délibérés, l’homme en robe noire indique que la phase des débats s’est poursuivie relativement au cas de 150 prévenus. Il était, notamment, question des interrogatoires pour certains prévenus qui, au finish, ont été renvoyés pour le 13 août 2026 pour la suite des interrogatoires. C’est à l’issue de la phase des interrogatoires que l’étape des plaidoiries va être entamée. D’autres audiences sont programmées les 27 et 29 juillet en raison d’une exigence du président du tribunal militaire. Cette décision a été prise pour d’autres compositions avec pour but de permettre qu’il y ait une justice rendue dans des délais favorables. Trois audiences concernent, donc au total, ces 150 prévenus afin qu’ils soient jugés dans un délai raisonnable.
En rappel, la crise post-électorale consécutive à la présidentielle contestée du 12 octobre 2025 a entraîné l’arrestation de plus de 800 personnes selon le bilan officiel, tandis que le collectif de défense citoyenne avance près de 2500 interpellations dans le rapport de la crise post-électorale rendu public en décembre 2025. Plusieurs centaines de détenus croupissent encore dans les prisons, notamment à la prison centrale de Yaoundé, dans les prisons de Douala, Ngoma, Bafoussam, Dschang, Bertoua, Maroua, etc. Les autorités camerounaises comptabilisent 16 morts, alors que les organisations nationales et internationales de défense des droits humains rapportent entre 40 et 55 décès. Plus de 600 personnes ont été libérées sous caution, mais un grand nombre de manifestants restent incarcérés de manière prolongée sans jugement.
Au vu des conditions de détention et des procédures, il est à noter que des dizaines de manifestants, dont certains arrêtés à Yaoundé, ont été présentés devant le tribunal militaire. Des organisations internationales de défense des droits humains, dont Human Right Watch, ont dénoncé des détentions arbitraires dans des conditions inhumaines et des cas de violations de la liberté de manifester. Malgré les contestations, les procédures s’enlisent parfois, laissant de nombreux prévenus en attente de jugement.
