Par Joseph OLINGA N.
Le 03 janvier 2023, le ministre délégué a la présidence de la République chargé du contrôle supérieur de l’Etat, convoquait 756 personnels en service au ministère des finances et dans celui de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire, dans le cadre d’une enquête de contrôle et vérification instruite « sur très haute instruction du président de la République ». Un audit dont l’objectif était de voir clair dans la gestion des lignes 65 et 94 dont ces personnels du Minfi et du Minepat sont des bénéficiaires.
Dans le même temps, le ministre des finances, Louis Paul Motaze dénonçait l’implication de près de 1800 personnels de l’Etat dans la vaste opération de prévarication organisée autour des lignes parallèles du budget de l’Etat au cours de la période 2010-2021.
Des postures qui contrastent avec le refus du ministre des finances Louis Paul Motaze d’identifier de manière précise les bénéficiaires clandestins des lignes budgétaires 65 et 94. Des lignes dont des sources proches de l’Assemblée nationale indiquent qu’elles ont bénéficié a des « intrus » alors qu’elles étaient prioritairement destinés aux dépenses de sécurité ainsi qu’au fonctionnement de certaines institutions de souveraineté a l’instar de la présidence de la République et ses services rattachés, le Conseil économique et social, le ministère des relations extérieures et le ministère de la justice.
Mode opératoire
La consommation parallèle des fonds alloués aux lignes 94 et 65 s’appuie sur des rubriques effectivement consacrées a cet effet. « Sauf que les destinataires ne sont pas souvent ceux prévus par les textes organisant la consommation de ces lignes. » Notre source explique que sous le prétexte des évacuations sanitaires, des frais de missions, du financement des partis politiques, du paiement des frais de condamnation de l’Etat, de l’organisation des cérémonies officielles ainsi que la subvention des ménages, des établissements publics, des entreprises du secteurs public et privés, de l’organisation des élections ou de l’appui aux collectivités territoriales décentralisés, des mécanismes sont mis en place pour attribuer des financements a des ministres, hauts cadres de l’administration et autres agents de l’Etat.
Au cœur de l’affaire Martinez Zogo, journaliste et lanceurs d’alertes assassiné de manière atroce, la consommation des lignes 65, 94 et 57 s’étend dans un spectre plus large. Loin des 52 milliards de Francs Cfa attribués a l’homme d’affaire et patron de médias Jean-Pierre Amougou Belinga, la consommation des lignes a polémiques semble un phénomène ancré dans les habitudes des ministres, directeurs généraux, hauts cadres de l’administration, gestionnaires de la fortune publique et autres élus locaux qui s’en sont servis au cours de la période 2010-2021.
Des études diverses expliquent le phénomène entretenu par certains hauts cadres de l’administration camerounaise « s’apparente à un circuit de blanchiment d’argent ». Comme l’indique une source proche du Tribunal criminel spécial, Tcs, les décaissements et distributions observées dans le cadre de la gestion des lignes 94, 65 et 57 du budget de l’Etat se déroulent aussi à travers l’usage des prête-noms recrutés dans l’entourage des gestionnaires et donneurs d’ordres, la prise des parts sociales dans les entreprises a capitaux privés, de la prise des commissions sur des dotations, la constitution des patrimoines immobiliers, l’implication des partenaires d’affaire nationaux et étrangers dans les processus d’attribution ainsi que la mise en place de transactions commerciales fictives.
