Entretien avec Joseph OLINGA N.
Le Chef de l’État est absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026. Que pensez-vous de cette situation en termes de gestion de l’État ?
La fonction présidentielle est la plus haute magistrature de notre République. Elle incarne la continuité de l’État, l’unité nationale et le fonctionnement régulier des institutions. À ce titre, toute absence prolongée du Chef de l’État suscite naturellement des interrogations légitimes au sein de la population.
Je crois cependant qu’en démocratie et dans un État de droit, les commentaires politiques doivent toujours rester fondés sur le droit et sur les faits, jamais sur les rumeurs ou les spéculations. Ce qui importe avant tout, c’est que les institutions fonctionnent de manière transparente, conformément à la Constitution et aux lois de la République.
La Constitution du Cameroun organise les mécanismes de continuité de l’État en cas d’empêchement ou de vacance de la Présidence de la République. En particulier, l’article 6 de la Constitution du 18 janvier 1996 (telle que révisée en 2008 prévoit les modalités de constatation de la vacance de la Présidence de la République en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif, ainsi que les conditions dans lesquelles le Président du Sénat assure l’intérim jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. La Constitution ne fixe pas, à elle seule, une règle générale selon laquelle une absence de plus de quarante jours à l’étranger entraînerait automatiquement la vacance du pouvoir ; la vacance doit être constatée selon les procédures constitutionnelles prévues.
Dans une démocratie moderne, la stabilité institutionnelle repose autant sur le respect des textes que sur la confiance des citoyens. Lorsqu’une situation exceptionnelle survient, la meilleure réponse est toujours la transparence institutionnelle. Les Camerounais ont droit à une information claire et régulière sur le fonctionnement de leurs institutions, car cette transparence renforce la confiance nationale et internationale.
Notre responsabilité collective n’est pas d’alimenter les inquiétudes, mais de défendre les principes de l’État de droit. C’est précisément cette culture institutionnelle que Sauver Cameroun entend promouvoir : des institutions fortes, des règles respectées et une gouvernance qui inspire confiance à tous les citoyens.
Cette gouvernance à distance donne lieu à des interprétations diverses. Notamment celles relatives à l’authenticité des signatures du Chef de l’État. Les vrais-faux décrets désignant un Vice-Président de la République et la réorganisation du gouvernement en rajoute à ce débat qui perdure…
Je voudrais d’abord rappeler un principe fondamental : la signature du Chef de l’État n’est pas un simple acte administratif. Elle représente l’autorité juridique suprême de la République. Elle engage l’État, garantit la sécurité juridique des décisions publiques et symbolise la continuité de nos institutions.
Toute polémique portant sur l’authenticité d’une signature présidentielle doit donc être abordée avec la plus grande prudence. En démocratie, il ne faut jamais substituer les spéculations aux preuves. Seules les autorités compétentes sont habilitées à authentifier les actes de l’État.
En revanche, cette situation nous rappelle une exigence essentielle de la bonne gouvernance : les institutions doivent être suffisamment solides pour préserver en permanence l’intégrité des actes publics. Dans toutes les grandes démocraties, la crédibilité de la parole de l’État constitue un capital institutionnel irremplaçable.
Le grand sociologue Max Weber rappelait que la légitimité de l’État repose sur des règles impersonnelles et sur le respect des procédures. De son côté, Montesquieu soulignait que les lois sont la meilleure protection contre l’arbitraire. Plus récemment, les travaux de Douglass North ont montré que la qualité des institutions est l’un des principaux déterminants du développement économique, tandis que les principes de gouvernance de l’Ocde insistent sur la transparence, la responsabilité et la sécurité juridique comme fondements de la confiance publique.
Si les citoyens venaient à douter de l’authenticité des actes les plus solennels de la République, c’est toute la confiance dans l’État qui pourrait être fragilisée. Or une nation ne peut durablement prospérer sans confiance dans ses institutions.
Pour ma part, je refuse d’alimenter les polémiques. Je préfère défendre un principe simple : les actes de l’État doivent être incontestables, transparents et protégés par des procédures institutionnelles robustes. La force d’une République ne réside pas dans les personnes, mais dans la crédibilité de ses institutions.
Quel est l’impact des luttes de succession au Chef de l’État, notamment les divisions au sein du sérail autour du Chef de l’État, sur l’environnement global ?
Je préfère ne pas personnaliser le débat politique ni commenter les dynamiques internes d’un camp politique. Ce n’est pas là que se trouve, selon moi, la véritable question.
Dans une République démocratique, la seule succession pleinement légitime est celle qui résulte du choix souverain du peuple exprimé dans les urnes. Les débats internes aux partis ou aux cercles du pouvoir sont secondaires par rapport au principe fondamental de la souveraineté populaire.
L’article 2 de la Constitution du Cameroun est très clair : la souveraineté nationale appartient au peuple camerounais, qui l’exerce par ses représentants élus ou par voie de référendum. C’est cette disposition qui doit demeurer notre boussole.
L’avenir du Cameroun ne doit pas dépendre des rivalités entre individus, mais de la force de nos institutions démocratiques. Lorsque les règles sont respectées, les transitions politiques deviennent normales, prévisibles et pacifiques.
Chez Sauver Cameroun, nous défendons une vision différente de la politique. Nous voulons remplacer la logique des personnes par la logique des institutions, la compétition des clans par la compétition des projets, et les rapports de force par le débat démocratique.
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui succédera à qui. La véritable question est de savoir quel projet les Camerounais choisiront librement pour construire leur avenir. C’est au peuple, et à lui seul, qu’appartient cette décision.
Ce climat est-il susceptible de provoquer l’implosion du Cameroun que redoutent certains observateurs nationaux et internationaux (GECAM, syndicats d’industriels, Banque mondiale, FMI et investisseurs potentiels) ?
Je comprends que les périodes d’incertitude politique puissent susciter des préoccupations chez les citoyens, les entrepreneurs, les investisseurs et les partenaires internationaux. Dans tous les pays, les marchés apprécient avant tout la stabilité institutionnelle, la prévisibilité des décisions publiques et la sécurité juridique.
Il serait toutefois excessif de conclure que le Cameroun est voué à l’implosion. Notre pays possède des ressources humaines exceptionnelles, une administration expérimentée, une économie diversifiée et une longue tradition de coexistence entre des populations aux identités multiples. Ces atouts constituent des facteurs importants de résilience.
Il existe certes des risques liés à toute période d’incertitude. Les investisseurs peuvent différer certains projets, les entreprises peuvent adopter une attitude d’attente et les ménages peuvent manquer de visibilité. Mais ces difficultés ne sont pas une fatalité. Elles peuvent être surmontées par le dialogue, la transparence institutionnelle et le respect scrupuleux de l’État de droit.
Le message que je souhaite adresser aux Camerounais est donc un message de calme et de confiance. Notre responsabilité collective est de préserver la paix civile, de rejeter toute forme de violence et de privilégier les mécanismes démocratiques prévus par la Constitution.
Aux partenaires économiques, je veux dire que le Cameroun a vocation à demeurer un pays stable, ouvert aux investissements et respectueux de ses engagements. La stabilité politique durable ne se construit ni par la peur ni par les divisions ; elle se construit par des institutions fortes, une justice indépendante, des élections crédibles et une gouvernance responsable.
C’est précisément cette vision que porte Sauver Cameroun : rassembler les Camerounais autour d’un projet national fondé sur la compétence, la justice, la confiance et l’intérêt général. Notre ambition n’est pas d’exploiter les inquiétudes du moment, mais de construire les institutions qui permettront au Cameroun de traverser sereinement les générations.
