Par Serge Aimé BIKOI
L’avocat de la partie civile l’a fait savoir au sortir de l’audience de ce mardi, 4 août et prie le tribunal militaire de Yaoundé d’enquêter sur cette affaire. Question d’établir les responsabilités des personnes à l’origine de la transmission des enregistrements des audiences à des blogueurs, lanceurs d’alertes et influenceurs.
L’avocat au barreau du Cameroun et, parallèlement, avocat des ayants-droits de Martinez Zogo indique, d’emblée, qu’il est important de retracer la chronologie de l’affaire liée à l’enregistrement des audios en salle d’audience.
“Alors, hier soir(lundi, 3 août, Ndlr) à 21h et 18mn, je reçois une capture d’écran d’un message publié par une chaîne appartenant à un accusé disant que certains avocats de la partie civile sont soupçonnés d’enregistrer les audiences pour transférer à des lanceurs d’alertes. Comme d’habitude, je me dis que c’est une manipulation de l’opinion. Ce matin(mardi, 4 août, Ndlr), en fouillant les réseaux, je constate, en fait, qu’il y a la cross-examination de l’un des avocats qui est diffusée par un lanceur d’alertes. Je m’en tiens à ça. J’arrive à l’audience, on me dit que moi aussi, ma cross-examination aurait été transmise à ce lanceur d’alertes et que je ne serai pas étranger à cette transmission”, explique Me Calvin Job.
Ce qui a davantage interpellé l’avocat des ayant-droits de Martinez Zogo, c’est qu’une information aussi sensible détenue en prime-time par une chaîne d’un des accusés, ça interpelle, d’une part, sur la neutralité du tribunal militaire. “D’autre part, ajoute-t-il, ce n’est pas la pratique que nous avons, nous avocats de la partie civile. Quand nous avons quelque chose à dire, nous venons devant vous et nous le disons. On ne passe pas par des lanceurs d’alertes”. C. Job note que le tribunal a eu à faire face à ce type d’affaires il y a quelques semaines, mais il n’a jamais vu ou entendu un propos ou une accusation contre qui que ce soit. “Au début de ce procès, illustre-t-il, il y a eu des pièces de ce dossier qui ont été transmises. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas de copie du dossier et les pièces de ce dossier ont été transmises par les avocats de la défense, qui y ont eu accès et le tribunal n’en a pas fait cas concernant l’expert Ouloumou. Ce dernier a transmis son rapport à Jeune Afrique, le tribunal n’en a pas fait cas. Sur des accusations fallacieuses sans fondement, on nous dit, la partie civile, qu’on aurait transmis notre cross-examination. Dans quel but?”, s’interroge l’un des conseils des ayant-droits de Martinez Zogo.
À cause de cet état de choses, C. Job a demandé au tribunal d’ouvrir une enquête pour établir la véracité des faits et d’identifier qui a enregistré cet audio et l’a transmis à un lanceur d’alertes. Il engagera, dans les jours à venir, une procédure auprès du tribunal pour diligenter une enquête y afférente. Et pour cause :
“On ne peut pas tolérer ce genre d’intimidation ou une volonté de museler la partie civile que nous représentons”.
lance-t-il.
En début de semaine, il a été constaté la diffusion, sur les réseaux socio numériques, des enregistrements sonores de l’audience de la journée du lundi, 3 août. Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé, Cerlin Belinga, a, mardi, dénoncé une atteinte grave aux règles de la justice et a réclamé des mesures fortes à faire appliquer à l’encontre des contrevenants. Le ministère public relève que ces diffusions violent les normes qui encadrent les audiences. “Les échanges tenus devant le tribunal ne doivent pas être reproduits intégralement ou relayés à des blogueurs et lanceurs d’alertes”, clame-t-il. Aussi C. Belinga se prononce-t-il en faveur de l’ouverture d’une information judiciaire afin d’identifier les acteurs de ces fuites et d’en établir les responsabilités. En rappel, l’audience de ces deux derniers jours liée à l’affaire Martinez Zogo a été renvoyée au 31 août et au 1er septembre 2026 pour continuation des débats et poursuite de la cross-examination de la défense.

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