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Cameroun | “Zombification” du peuple: Moussa Njoya dénonce l’indifférence du pouvoir après le drame de Zamboï

Le politologue critique la une du quotidien gouvernemental, qu’il juge déconnectée de la catastrophe minière ayant coûté la vie à plus d’une centaine de personnes à la frontière camerouno-centrafricaine.

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Par Ilyass Chirac Poumie

Le politologue Moussa Njoya a vivement critiqué, jeudi, le traitement accordé par le quotidien gouvernemental à l’éboulement meurtrier survenu sur le site aurifère de Zamboï, près de la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine.

« Voici la une du journal gouvernemental d’un pays qui vient de perdre des dizaines de ses citoyens dans une catastrophe », écrit-il sur sa page Facebook, estimant que cette couverture traduit le peu de considération accordé à la vie des populations.

Moussa Njoya met également en cause l’attitude des Camerounais, décrits comme un peuple « en permanence dans la distraction » et ayant perdu sa capacité d’indignation et de revendication. Selon lui, cette passivité permet aux gouvernants de minimiser les drames humains sans craindre une mobilisation populaire.

Le politologue établit surtout un lien entre le traitement médiatique de la catastrophe et le vaste scandale entourant l’exploitation et l’exportation de l’or camerounais. Il accuse certains responsables publics d’avoir intérêt à maintenir le silence autour d’un secteur marqué par des réseaux de contrebande, des sous-déclarations massives et une faible traçabilité de la production.

Il s’en prend également aux responsables de l’opposition, qu’il qualifie de « sous-traitants de la souffrance des Camerounais et de la mauvaise gouvernance ». Pour Moussa Njoya, les trahisons répétées de ceux qui prétendent parler au nom du peuple ont affaibli toute possibilité de mobilisation collective.

La sortie du politologue intervient alors que le scandale de l’or continue d’ébranler le Cameroun. Les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives ont révélé que le Cameroun avait déclaré seulement 22,3 kilogrammes d’or exportés en 2023, contre plus de 15 tonnes enregistrées la même année comme importées du Cameroun par les Émirats arabes unis.

Entre 2021 et 2025, 44 tonnes d’or camerounais ont rejoint Dubaï, alors que les douanes camerounaises n’ont officiellement enregistré que 148 kilogrammes exportés. Selon les données révélées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, la valeur de cet or sorti des circuits officiels atteint près de 2 000 milliards de francs CFA.

Face à l’ampleur des écarts, Paul Biya a ordonné, en février 2026, la création d’une commission mixte chargée d’identifier les réseaux de trafic et d’établir les responsabilités administratives et pénales. Près de 200 entreprises minières opérant illégalement, dont une grande majorité contrôlée par des étrangers, ont ensuite été recensées dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua.

Le gouvernement a également retiré 53 permis et renforcé le rôle de la Sonamines dans la collecte et la traçabilité de l’or. Les conclusions de l’enquête présidentielle et l’identité des bénéficiaires des circuits parallèles n’ont toutefois pas encore été rendues publiques.

C’est dans ce contexte que l’éboulement de Zamboï, survenu le 18 août en territoire centrafricain, a enseveli de nombreux orpailleurs camerounais et centrafricains. Plus de 100 corps ont été retrouvés et les recherches se poursuivent. La catastrophe remet au premier plan les conditions précaires d’exploitation de l’or, l’absence de protection des travailleurs et l’opacité persistante des circuits commerciaux dans cette zone frontalière.

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