Par Ilyass Chirac Poumie
Dans une tribune intitulée « Cameroun, la poudrière : arrêtez de jouer avec le feu », Jean-Pierre Bekolo tire la sonnette d’alarme sur ce qu’il décrit comme une « tribalisation » et une « militarisation » de la succession du président Paul Biya.
Le cinéaste s’interroge notamment sur la série de nominations opérées récemment au sommet de l’armée, de la garde présidentielle et de plusieurs corps d’élite, alors que Paul Biya n’a plus été vu publiquement depuis plus de deux mois. Il évoque des décrets aux « formulations et aux signatures douteuses » et estime que le calendrier ainsi que l’accumulation de ces décisions renforcent le sentiment d’une vacance du pouvoir.
Pour Jean-Pierre Bekolo, la nouvelle configuration de la hiérarchie militaire donne l’impression d’une préparation de la succession selon des considérations communautaires ou ethniques. Il reconnaît que chacun de ces actes peut recevoir une explication administrative, mais souligne que leur lecture globale suscite désormais de profondes inquiétudes dans une partie de l’opinion.
L’auteur interpelle également le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, qui a annoncé un prochain retour de Paul Biya. Il se demande pourquoi des nominations aussi sensibles ont été prises en l’absence du chef de l’État, au lieu d’attendre son retour au Cameroun.
Jean-Pierre Bekolo redoute que ce déséquilibre au sein de l’appareil militaire n’ouvre la voie à un règlement de la succession par les armes et ne transforme le Cameroun en une « poudrière ». Il appelle les responsables de ces décisions à interrompre cette dynamique et prévient qu’ils devront assumer la responsabilité historique de ses éventuelles conséquences.
Paul Biya, au pouvoir depuis novembre 1982, a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour un « bref séjour privé en Europe ». Malgré les assurances du gouvernement sur son état de santé et son retour imminent, son absence prolongée, combinée aux récentes nominations militaires effectuées par décrets, continue d’alimenter les interrogations sur le fonctionnement réel de l’État et la bataille de succession au sommet du pouvoir.
