Par Joël Onana
Cerlin Belinga, qui représentait le ministère public dans le procès relatif à l’enlèvement et à l’assassinat du présentateur de l’émission « Embouteillages », n’est toutefois pas écarté de la magistrature militaire. Il est nommé vice-président du Tribunal militaire de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord. Son remplacement à Yaoundé intervient à une étape importante d’une procédure marquée depuis son ouverture par de nombreux incidents, des demandes de mise en liberté provisoire, des contestations de la défense et d’intenses débats autour des charges pesant sur les différents accusés.
Le lieutenant-colonel André Éric Atemengue hérite ainsi de l’un des dossiers judiciaires les plus suivis au Cameroun. Il lui reviendra désormais de représenter le parquet militaire dans une procédure impliquant notamment d’anciens hauts responsables de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et des personnalités du monde des affaires.
Un changement qui intervient en pleine procédure
Cette modification à la tête du parquet ne met pas fin au procès et ne remet pas, en elle-même, en cause les actes déjà accomplis. Elle entraîne cependant un changement d’interlocuteur majeur dans la conduite de l’accusation. L’arrivée d’André Éric Atemengue sera particulièrement observée lors des prochaines audiences : il devra soit poursuivre la ligne développée jusqu’ici par le ministère public, soit imprimer une nouvelle méthode dans l’examen des faits et des responsabilités.
Aucun élément officiel ne permet, à ce stade, d’établir que le changement de fonctions de Cerlin Belinga serait directement motivé par sa conduite du dossier Martinez Zogo. Sa nomination simultanée comme vice-président du Tribunal militaire de Maroua inscrit également son départ dans un mouvement de réaffectation au sein de la justice militaire.
Un procès sous haute surveillance
Martinez Zogo avait été enlevé le 17 janvier 2023 à Yaoundé. Son corps mutilé avait été retrouvé cinq jours plus tard à Ebogo, dans la périphérie de la capitale. Son assassinat avait provoqué une onde de choc au Cameroun et au sein des organisations internationales de défense de la liberté de la presse. L’enquête avait conduit à l’interpellation de plusieurs personnes, dont des responsables des services de renseignement, avant l’ouverture du procès devant le Tribunal militaire de Yaoundé. L’une des questions centrales demeure celle de la chaîne des responsabilités et de l’identification de toutes les personnes ayant participé à la préparation, à l’exécution ou éventuellement à la commandite du crime.
Le remplacement du commissaire du gouvernement en plein procès ajoute désormais un nouvel élément à cette procédure hors norme. Les prochaines audiences permettront de mesurer si l’arrivée d’André Éric Atemengue entraîne une inflexion de la stratégie du parquet ou s’inscrit dans la continuité de l’accusation conduite jusqu’ici par Cerlin Belinga.
