Par Sandra Embollo
Comme le montre la photographie illustrant cet article, des véhicules sont obligés de bifurquer, de ralentir ou d’emprunter la voie opposée pour contourner les montagnes de déchets. Une situation qui expose automobilistes, motocyclistes et piétons aux accidents, en plus des risques sanitaires déjà provoqués par l’insalubrité.
De Biyem-Assi à Nsimeyong, en passant par Mvog-Ada, Essos, Mokolo, Nsam et plusieurs secteurs périphériques, les ordures ménagères s’accumulent parfois pendant plusieurs jours. Les habitants doivent cohabiter avec les odeurs pestilentielles, les mouches, les moustiques et les rongeurs.
Avec près de 3 000 tonnes de déchets produites quotidiennement, Yaoundé ne dispose toujours pas de moyens suffisants pour assurer leur enlèvement régulier. Hysacam estimait qu’au moins 150 camions seraient nécessaires pour maintenir la capitale propre, alors que le dispositif contractuel n’en prévoyait qu’une cinquantaine.
La situation est aggravée par la croissance démographique, l’insuffisance des bacs à ordures, les difficultés d’accès à certains quartiers, les problèmes de financement et la multiplication des dépotoirs sauvages. En juin 2026, dix nouveaux camions avaient pourtant été remis aux sept communes d’arrondissement pour renforcer la collecte. Sur le terrain, cette mesure n’a pas encore permis d’enrayer durablement la crise.
L’accumulation des déchets représente également une menace pour la santé publique. Les ordures jetées dans les rigoles bloquent l’évacuation des eaux de pluie, aggravent les inondations et favorisent la propagation du choléra, des maladies diarrhéiques et d’autres infections.
Cette dégradation contraste avec le slogan « Yaoundé, ville propre », longtemps mis en avant par les autorités municipales. Malgré les contrats de plusieurs milliards de FCFA, les campagnes ponctuelles d’assainissement et les annonces successives, la capitale camerounaise continue de crouler sous les déchets.
Lorsque les immondices finissent par couper la chaussée et imposer leur propre sens de circulation aux automobilistes, l’insalubrité n’est plus un simple désagrément urbain. Elle devient le symbole visible d’une défaillance grave de la gouvernance municipale. Yaoundé reste officiellement la capitale politique du Cameroun, mais son visage actuel lui vaut de plus en plus le triste qualificatif de « ville poubelle ».
