Par Madani Charaf
L’affaire remonte à janvier 2018. Dans le cadre d’une opération concernant la maintenance et la réparation d’un hélicoptère présidentiel, le Cameroun avait engagé 660 000 dollars auprès d’une filiale chargée des prestations.
Selon les éléments du dossier, l’argent aurait ensuite été transféré à la société mère, Horizon Crescent Wealth LLC (HCW), établie au Qatar Financial Centre. Quelques semaines plus tard, les comptes de cette société ont fait l’objet d’un gel conservatoire dans le cadre d’une enquête réglementaire. Les 660 000 dollars camerounais se sont ainsi retrouvés immobilisés parmi les avoirs de HCW, aujourd’hui engagée dans une procédure de liquidation.
Pour récupérer son argent, l’État du Cameroun a saisi, le 21 janvier 2025, la Cour civile et commerciale du Qatar Financial Centre. Mais la procédure a rencontré un obstacle le 24 février suivant : la juridiction a demandé que soit formellement clarifié le mandat de Jean Orso, avocat basé à Genève et chargé de représenter le Cameroun. Cette décision ne signifie cependant ni que le Cameroun a perdu les 335 millions de FCFA, ni que la justice qatarie a rejeté sa demande. Le fond du litige sur la propriété des fonds n’a pas encore été tranché.
L’enjeu est considérable pour Yaoundé. Le Cameroun ne veut pas être considéré comme un simple créancier de HCW qui devrait attendre le partage des actifs disponibles entre les différents créanciers. L’État soutient que les 660 000 dollars lui appartiennent directement et demande, en conséquence, que cette somme soit soustraite de la masse des actifs soumis à la liquidation.
Pour obtenir gain de cause, Yaoundé devra notamment régulariser le mandat de son conseil et démontrer la traçabilité des fonds jusqu’aux comptes aujourd’hui concernés par la liquidation.
Au-delà de la bataille judiciaire engagée au Qatar, cette affaire ramène au premier plan les conditions dans lesquelles des fonds publics destinés à la maintenance d’un appareil présidentiel ont pu rester immobilisés à l’étranger pendant plusieurs années.
Plusieurs questions demeurent : quelles garanties avaient été obtenues lors du versement effectué en 2018 ? Dans quelles conditions les 660 000 dollars ont-ils été transférés vers HCW ? Quel suivi a été assuré après le gel des comptes de la société et quelles démarches ont été entreprises pour protéger les intérêts financiers de l’État?
Pour l’instant, la justice qatarie n’a ordonné ni la restitution de l’argent au Cameroun ni son attribution définitive à la liquidation de HCW. Le contentieux porte donc désormais sur la capacité de Yaoundé à établir juridiquement que les 335 millions de FCFA constituent bien des fonds camerounais devant être restitués en dehors de la procédure ordinaire de liquidation. En attendant cette décision, la somme demeure hors de portée immédiate du Trésor public camerounais.
