Par Joël Onana
Mbandjock, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Les comptes de la SOSUCAM dessinent six exercices consécutifs dans le rouge. Entre 2020 et 2025, le sucrier a cumulé 151,1 millions d’euros de pertes, soit 99,1 milliards de Fcfa, sans jamais renouer avec les bénéfices. La dégradation s’est accélérée en 2024 et 2025, avec respectivement 22,3 et 30,3 milliards de déficit. Son chiffre d’affaires s’est effondré à 50,7 milliards de Fcfa, divisant l’activité par deux.
Face à l’hémorragie, l’actionnaire français Somdia — filiale sucrière du groupe Castel — a procédé à deux recapitalisations, en 2023 et 2024, en convertissant 52,08 millions d’euros de comptes courants en capital, l’équivalent de 34,2 milliards de Fcfa, portant sa participation à 88,36 % fin 2024. Las de renflouer, Somdia cherche désormais à quitter l’entreprise.
Le 13 août 2026, Somdia annonçait la signature d’un accord de cession de ses 82 % à un consortium de cinq investisseurs camerounais mené par Joseph Pagop Noupoué. L’accord prévoit un programme d’investissement pluriannuel de 210 millions d’euros, environ 137,7 milliards de Fcfa, pour moderniser plantations et usines, étendre l’irrigation et préserver l’emploi. Le prix des actions n’a pas été rendu public, et l’opération reste soumise à des conditions suspensives.
Mais trois jours plus tôt, le 10 août, le directeur de cabinet du Premier ministre, Balungeli Confiance Ebune, adressait à Somdia une correspondance demandant un « sursis immédiat sur toute démarche liée au projet de cession ». La Primature a créé un comité stratégique, doté de six mois, chargé de « superviser et évaluer la cession ». Somdia doit rester aux commandes pour la campagne 2026-2027. « Une transition ne peut être précipitée », a prévenu Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce.
Et voici que le dossier se complique : le groupe kényan Kipchimchim a transmis au gouvernement une offre d’environ 200 milliards de Fcfa, soit quelque 347 millions de dollars, pour reprendre la SOSUCAM, selon Financial Afrik citant des sources officielles, une information d’EcoMatin. L’offre bénéficierait du soutien d’Afriland First Bank et dépasserait de 62 milliards celle du consortium camerounais. Une mission du comité stratégique s’est même rendue au Kenya et a visité les installations de Kipchimchim, achevant son séjour le 19 septembre.
L’État, qui détient environ 7 % du capital via la Caisse nationale de prévoyance sociale et la Société nationale d’investissement, « demeure propriétaire des terres cultivables mises en bail ». À cela s’ajoute le dossier social : des grèves de coupeurs de canne ont perturbé la récolte en mai, et les communautés riveraines de la Haute-Sanaga alertaient en août sur les risques d’une reprise sans dialogue.
Deux candidats, un comité stratégique, un actionnaire pressé de partir : le feuilleton de la SOSUCAM n’en est qu’à son premier acte. La décision finale dira si le sucre camerounais restera aux mains d’investisseurs nationaux — ou prendra la route de Nairobi.
