Par Serge Aimé BIKOI
La première équipe était composée du Maréchal de logis, Tongue Nana et Daouda. Jean Pierre Otoulou indique que ces deux coaccusés ont fait le travail en amont consistant à étudier le comportement de la cible. L’ancien commandant de la légion de gendarmerie du Centre relève que son groupe d’enquête et lui détiennent les vidéos de la filature de Martinez Zogo. La deuxième équipe du commando était, quant à elle, constituée de l’adjudant-chef, Clément Ebo’o, du Maréchal de logis chef Vincent Godje, du Caporal chef, Le noir Dawa, et des Caporaux Bakaiwe et Martial Zock Mepim. Selon le codirecteur de l’enquête mixte Police/gendarmerie, cette deuxième équipe a procédé à l’enlèvement et à l’assassinat de l’ancien chef de chaîne d’Amplitude Fm. Il ajoute que ce commando avait deux véhicules, en l’occurrence le Prado noir et un pick-up. “Quand on l’a (Martinez Zogo) pris dans le Prado, on a su que le Prado était déjà grillé, c’est-à-dire les gens avaient déjà vu le Prado. C’est comme ça qu’en route, on le sort du Prado et on le met dans l’autre véhicule”, illustre J.P. Otoulou, se référant à la déclaration faite par le lieutenant-colonel Justin Danwe, qui a, par la suite, dit à Martinez Zogo de n’avoir pas peur.
L’officier supérieur de la gendarmerie nationale conclut à la thèse selon laquelle quand ils ont fini de traiter le journaliste, M..Zogo leur a demandé la Vantoline et ils l’ont laissé vivant. Mais dans quel état ? S’interroge J.P. Otoulou. Au moment où arrive le temps de l’interrogatoire de Justin Danwe durant le déroulement de l’enquête mixte Police/gendarmerie nationale, il lui est demandé quelles étaient les motivations de l’assassinat de Martinez Zogo. Et l’ancien directeur des opérations de la Dgre de répondre : “Je voulais faire plaisir à mon chef et il est au courant”. Illico presto, le colonel Otoulou a demandé à entendre le patron de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre). Léopold Maxime Eko Eko s’est présenté. L’officier supérieur de la gendarmerie demande à Danwe : “Il se dit que c’est Jean Pierre Amougou Belinga qui t’a envoyé”. J. Danwe lui répond : “Je ne connais Amougou Belinga ni d’Adam, ni d’Ève.
Au moment où, Eko Eko passe à l’interrogatoire, “explosion totale”, clame J.P. Otoulou. “Vous me dérangez pourquoi ? Allez demander à M. Amougou Belinga et au Colonel Danwe ce qu’ils ont fait”, avance Eko Eko. Le patron de la Dgre ajoute pour en donner la preuve :”Lorsqu’on avait inauguré l’immeuble Ekang, le colonel Danwe était assis aux premières loges parmi les invités de marque”. De plus, l’ancien patron du renseignement ajoute qu’il a un support audio pour un certain Bidjongo plus connu sous le pseudonyme Arthur Essomba. Eko Eko réitère que le commandant de la gendarmerie nationale du Centre de l’époque doit appeler J.P. Amougou Belinga pour lui dire qu’il a des informations. Et le patron du groupe L’Anecdote de lui répondre : “Danwe est ma personne” Le support audio est remis à l’enquêteur sauf que quand on l’exploite, coup de grillage, lance Otoulou. “Amougou Belinga dit que Eko Eko est sa personne”. Par la suite, il est demandé à Eko Eko de remettre ses téléphones. Ce qu’il a fait. Autre surprise non des moindres relevée par J.P. Otoulou : le rapport d’expertise de Bell Bitjocka révèle que certains téléphones de Danwe ont cessé d’émettre le jour de son arrestation. Directement, le commissaire divisionnaire, Elong Lobe, a été appelé à la Dgre. Ce dernier a développé une théorie qui témoignait de ce que Eko Eko n’y était pour rien. C’est sur ces entrefaites que la commission mixte d’enquête est entrée en scène, ajoute Otoulou.
Malgré le témoignage d’Elong Lobe visant à innocenter Eko Eko, Danwe persiste et signe qu’il est au courant. C’est ainsi que le codirecteur de l’enquête mixte se dit que les coaccusés ont beaucoup de choses dans leur ventre. Il note, d’ailleurs, que dans certains services, ils ont l’habitude de faire des choses peu orthodoxes. Au moment où Eko Eko Eko est auditionné, Otoulou précise qu’il est encore patron de la Dgre. Par conséquent, il se dit qu’il peut avoir la crainte révérencielle. En procédant donc aux vérifications, la commission mixte d’enquête police/ gendarmerie fait descendre une équipe à la Dgre, laquelle fait le constat selon lequel ce milieu est doté de caméras de surveillance dans l’ensemble des espaces jusqu’au bureau du lieutenant-colonel Justin Danwe, monitoré par le cabinet du Dg de la Dgre.
Avec la dissémination des caméras de surveillance au sein de la Dgre, le colonel Otoulou se pose la question de savoir comment le patron du renseignement au Cameroun affirme qu’il n’est pas au courant qu’un de ses cadres qui plus est directeur des opérations est impliqué dans un assassinat, surtout qu’il y a aussi bien de collaborateurs qui y sont impliqués. De plus, il indique qu’Eko Eko n’a ouvert aucune enquête interne sur ses proches collaborateurs pour s’enquérir de ce qui s’y passe. Pour J.P.Otoulou, “il y a deux hypothèses : soit le Dg du Dgre est incomptent, soit il sait ce qui se passe et il ne dit rien. Or, nous connaissons toutes ses capacités et ses compétences” C’est sur ces entrefaites que Otoulou commence à comprendre que Danwe ne ment pas.
La piste Amougou Belinga
Ce qui emmène le colonel Otoulou chez le patron du groupe L’Anecdote, c’est la déclaration de Eko Eko selon laquelle il faut demander à Amougou Belinga et à Danwe ce qui se passe relativement à l’assassinat de Martinez Zogo. Il y a aussi le support audio fourni par Eko Eko au colonel Otoulou, auquel s’ajoute le troisième élément lié à la photocopie d’un message où Bruno Bidjang disait qu’ils seront sans pitié pour M. Zogo. C’est dans ce sillage que le patron du groupe L’Anecdote, l’ancien directeur général du groupe de médias Vision 4, Satellite Fm et l’Anecdote et d’autres personnes ont été interpellés. Otoulou explique que c’était explosif en salle. Il demande à entendre Bidjang. Quand ce dernier entre, Otoulou lui demande son téléphone. Dès que cet instrument est déverrouillé, il y trouve le message où Bidjang, s’adresse à Daizy Biya et lui dit: “Le jour J, nous serons sans pitié pour Martinez Zogo”. Que signifie ce message? Question posée par l’enquêteur. Et Bidjang de répondre : “C’est parce que M. Amougou Belinga a des démêlés avec le journaliste et qu’il va le remettre en prison”. Au moment où Amougou Belinga passe à l’interrogatoire, il affirme ne rien connaître de la mort de M. Zogo. “M. Zogo ne représentait rien pour moi pour l’envoyer en prison”, a-t-il lancé. “Moi, quand un enfant me dérange, je le fouette”, ajoute-t-il. À la fin de l’audition, Otoulou lui demande s’il connaît le colonel Danwe. “Danwe est mon ami à la Dgre. C’est grâce à ses renseignements qu’il me fait gagner des marchés à l’international”, réagit Amougou Belinga.
Après cette audition, le colonel Otoulou a requis une confrontation immédiate entre Justin Danwe et Amougou Belinga. Une seule question a été posée à Amougou Belinga : “Connaissez-vous Danwe?” Le patron du groupe L’Anecdote réitère : “Danwe est mon ami. Il me donne des renseignements”. Le colonel redit à Danwe qu’il lui a, pourtant, dit qu’il ne connaissait pas Amougou Belinga. Est-ce vrai? L’interroge-t-il. Coup de théâtre :”Colonel, je change ma déclaration. Je connais, bel et bien, Amougou Belinga”, indique Danwe à la grande surprise du colonel Otoulou.
C’est ainsi que Amougou Belinga demande à Danwe de faire taire M. Zogo. La scène est passée au club Beac à Mvan chez Amougou Belinga.Les deux ont prévu une planification de cette action. En guise de pré-récompense, le patron du groupe L’Anecdote a remis une somme d’argent à l’ancien directeur des opérations de la Dgre. Danwe est reparti le revoir à l’immeuble Ekang pour la deuxième fois. Danwe lui dit: “On va lancer l’opération”. Amougou Belinga lui a encore remis de l’argent. Le lendemain de l’opération, Danwe est reparti lui dire que l’opération a été menée. Amougou Belinga lui répond en retour qu’il attend voir les résultats. Le cadre de la Dgre lui fait savoir que la dernière fois qu’ils sont partis, ils ont découvert le corps de Martinez Zogo. Et Amougou Belinga de réagir spontanément : “il mérite cette correction”. Danwe indique que c’est la première fois qu’il va revoir Amougou Belinga sans qu’il ne reçoive de l’argent.
