Par Serge Aimé BIKOI
Le codirecteur de l’enquête mixte Police/Gendarmerie nationale s’est penché, d’emblée, sur les circonstances dans lesquelles l’ancien chef de chaîne d’Amplitude Fm avait été filé, enlevé et assassiné. J.P. Otoulou relate la méthode professionnelle ayant conduit à la traque du journaliste le 17 janvier 2023.
Au moment des faits, en janvier 2023, cet officier supérieur de l’armée camerounaise était commandant de la légion de gendarmerie du Centre. Dès le début de son témoignage, le colonel Otoulou a rappelé qu’il avait suivi le dossier « du début jusqu’au déferrement » et qu’il occupait son poste depuis moins de six mois lorsque le journaliste Martinez Zogo a été enlevé.
« Lorsque j’apprends la disparition de Martinez Zogo, j’apprends également que cet enlèvement a eu lieu devant un poste de gendarmerie. Je me suis senti personnellement interpellé », a-t-il déclaré.
Avant même le fond de sa déposition, plusieurs avocats de la défense ont contesté sa comparution en qualité de témoin. Selon les conseils des parties civiles et de la défense, le colonel Otoulou ne pouvait être entendu tant que le procès-verbal de l’enquête préliminaire n’était pas produit afin d’établir sa qualité d’officier de police judiciaire ayant participé à cette enquête.
Me Léonard Gueyo, avocat de Bidjongo plus connu sous le pseudonyme de Arthur Essomba, Me Ndoumou et Me Tchudjo, membres du conseil de défense de Jean-Pierre Amougou Belinga et Bruno Bidjang, Me Jacques Mbuny, avocat du lieutenant-colonel Justin Danwe, ainsi que Maître Claude Assira, avocat de la Dgre(Direction générale de la recherche extérieure), ont soutenu cette position, estimant qu’il appartenait au président du tribunal de vérifier officiellement cette qualité. À l’inverse, Maître Ashu, chargé de la défense des ayants-droits de Martinez Zogo, s’est opposé à cette requête.
Le président du tribunal, se fondant sur l’article 317 du Code de procédure pénale(Cpp), a rejeté ces objections. Le colonel Jacques Misse Njone a indiqué qu’il ne fallait pas faire dire à la loi ce qu’elle ne prévoit pas et que le seul impératif du tribunal demeurait le respect des droits de la défense. Il a ainsi invité le témoin à poursuivre sa déposition.
Revenant sur ses premières constatations, le colonel J.P. Otoulou explique avoir immédiatement effectué une descente au poste de gendarmerie devant lequel s’était déroulé l’enlèvement. « Il fallait que je sache ce qui s’était réellement passé dans ce poste pour rendre compte. La première chose a été de me transporter sur les lieux». Selon l’ancien commandant de la légion de gendarmerie du Centre, “la manière dont le véhicule de Martinez Zogo avait été percuté révélait une opération menée par des professionnels”.
« Il a été percuté de manière à effectuer un tête-à-queue et à se retrouver face au portail de la gendarmerie. En voyant le poste, Martinez Zogo a tenté d’y entrer, mais la forte pente à l’entrée l’a empêché d’y accéder. Il a heurté le portail, a effectué une marche arrière, et c’est à ce moment-là que les individus sont descendus du Prado noir pour l’enlever. »
Le colonel souligne la rapidité de l’opération, ainsi que le choix d’une zone dépourvue de caméras de surveillance. « Qui peut avoir le courage d’enlever quelqu’un devant une unité de sécurité? L’environnement ne disposait d’aucune vidéosurveillance. J’en ai conclu qu’il ne s’agissait pas de simples bandits, mais de spécialistes appartenant à une unité spéciale. »
Quelques jours plus tard, affirme-t-il, il apprend que le directeur des opérations de la Dgre avait, auparavant, demandé des renseignements sur Martinez Zogo. Les enquêteurs exploitent alors les relevés téléphoniques et constatent que le téléphone du colonel Danwe a borné au niveau de Total Yannick, au même moment où le Prado noir traversait la zone.
Le directeur des opérations est entendu. Selon le témoin, celui-ci manipule son téléphone comme s’il supprimait des messages. Les enquêteurs confrontent ensuite les éléments de vidéosurveillance et Justin Danwe reconnaît avoir dirigé l’opération. « Il nous a simplement dit : c’est moi qui ai fait l’opération».
À la question de savoir avec qui il avait agi, Justin Danwe cite, notamment, l’adjudant-chef Ebo’o. Ce dernier, selon le témoin, l’aurait reconnu pour avoir déjà travaillé avec lui et aurait accepté de collaborer avec les enquêteurs.Toujours selon le colonel Otoulou, Ebo’o lui aurait expliqué que le commando était organisé en deux équipes. Les membres des deux équipes ont été amplement présentés dans un précédent article.
