Par Joël Onana
Yaoundé, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le bras de fer est terminé, et c’est le Premier ministère qui a tranché. Dans la soirée du 6 octobre 2026, le président du Conseil national de la communication (CNC), Joseph Chebongkeng Kalabubsu, a demandé aux directeurs généraux des entreprises de télédistribution audiovisuelle de procéder à la réactivation du signal de Vision 4 dans leurs bouquets. « Cette mesure s’inscrit en définitive dans l’esprit d’un traitement apaisé du dossier », écrit-il. Le signal reste.
Ce revirement spectaculaire intervient quelques heures seulement après une correspondance (n° 413/CNC/2026/PC/SG/CI/CEA) adressée le même jour au siège parisien de Canal+ International, dans laquelle le CNC exigeait au contraire le retrait « sans délai » de la chaîne. Le président du Conseil y affirmait avoir découvert « à travers les réseaux sociaux » que Canal+ avait réactivé le signal, et rappelait avec force que le CNC n’était pas « assujetti » au ministère de la Communication — une « autorité indépendante de régulation des médias ».
Rappel des faits. Le 29 septembre, lors de sa 48e session extraordinaire, le CNC avait prononcé la suspension pour un mois de Vision 4, la chaîne du groupe L’Anecdote de Jean-Pierre Amougou Belinga, assortie de sanctions aggravées contre plusieurs de ses responsables. Le 2 octobre, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, demandait à la directrice générale de Canal+ Cameroun, Christelle Audrey Soub, de rétablir « sans délai » la diffusion, au nom de la liberté d’expression, de l’équilibre de l’espace médiatique et de la préservation des emplois. Selon plusieurs sources concordantes, le président Paul Biya aurait lui-même instruit le directeur du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, de contacter Canal+ par téléphone ; l’opérateur ayant exigé une confirmation écrite, c’est le ministre qui a signé la correspondance.
Que s’est-il passé entre la lettre belliqueuse du matin et la reddition du soir ? Selon le lanceur d’alerte Boris Bertolt, le Premier ministre Joseph Dion Ngute serait intervenu pour instruire le CNC de demander le rétablissement du signal — une information qui n’a pas été confirmée par un communiqué officiel et doit être traitée avec prudence. Ce qui est établi, en revanche, c’est le statut institutionnel du régulateur : le décret n° 2012/038 du 23 janvier 2012, signé par Paul Biya, définit le CNC comme « un organe de régulation et de consultation » doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, mais « placé auprès du Premier ministre, chef du gouvernement ».
Le dossier n’est pas clos pour autant. Le tribunal administratif de Yaoundé a suspendu les effets de la décision du CNC du 13 août visant notamment Martial Owona et Boney Philippe, et le président du CNC a annoncé un recours devant la Cour suprême.
Vision 4 émet de nouveau. Mais la question demeure : un régulateur placé sous l’autorité du Premier ministre peut-il vraiment être indépendant ?
