Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Le président de la République, parce qu’il a déjà le pouvoir établi par la Constitution et le Code électoral de disposer à sa convenance et sans aucune limitation du mandat des députés- il peut dissoudre, abroger ou proroger le mandat des députés si les circonstances l’exigent- vient de se voir attribuer un autre pouvoir de proroger aussi ad vitam aeternam le mandat des conseillers municipaux.
Avec cette brèche, le président de la République devient désormais le grand manitou des élections au Cameroun car il a désormais les pleins pouvoirs de mettre fin ou de proroger le mandat de ces élus. La Constitution en son article 8 (12) dispose que le président de la République peut, en cas de nécessité et après consultation du gouvernement, des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, prononcer la dissolution de
l’Assemblée nationale. Après la Chambre basse du parlement dans la gibecière, voici donc les Communes et pourquoi pas les Conseils régionaux qui tombent dans la besace de l’alpha et l’oméga de la politique camerounaise.
Avec ce projet de loi, on comprend entre les lignes la ferme volonté du régime de faire du président de la République le “Roi” de la République qui décide en la matière en dernier ressort selon l’arbitraire de sa volonté ( sinon que signifie en cas nécessité ?) et non selon le principe de la séparation des pouvoirs où les lois arrêtent les emportements des pouvoirs.
Paul Biya tient désormais définitivement seul le calendrier électoral car il peut proroger ou abréger le mandat des élus à volonté. Doit-on comprendre que le pays est entré dans une ère de tyrannie absolue comme déjà clament certains observateurs ? Autour de cette prorogation d’autres voix critiquent les manœuvres politiciennes du parti au pouvoir aux fins de gagner du temps suite aux résultats jugés décevants à l’élection présidentielle d’octobre dernier.
L’opposition clamait déjà d’en découdre avec beaucoup de sérénité avec le Rdpc aux législatives et aux municipales. Le report, à qui profite-t-il au bout du compte? Il bien vrai que les motifs de l’exposé du projet de loi laissent les observateurs et les secteurs perplexes. Les contraintes inhérentes à la mobilisation des ressources financières d’une part, et l’organisation matérielle et logistique des municipales par Elecam d’autre part, rendent nécessaire un nouveau report, apprend-on..
C’est à se demander si l’élection qui se prépare depuis cinq ans devrait connaître un tel sort. La certitude est désormais que les législatives et les municipales, couplées comme à l’accoutumée, se tiendront en décembre prochain. Pour terminer, on constate que le régime du Renouveau a horreur d’être limité par la loi. On se souvient de ce fait de la révision constitutionnelle de 2008 pour sauter la limitation du nombre des mandats présidentiels.
