Par Mon’Esse
Lorsqu’on additionne les données d’or de 2023, déclarées par différents acheteurs, particulièrement les Emirats arabes unis, on atteint les 15.000kg d’or d’origine camerounaise, soit 500 fois plus que les exportations déclarées par le pays, estime l’expert en mines et pétrole Bareja Youmssi.
Voilà qui ne va pas aider à estomper, ainsi qu’essaye de le faire le gouvernement, la polémique sur l’opacité autour des vraies données de l’exploitation et des exportations d’or par le pays.
En réalité, soutient le chercheur, les écarts des chiffres, dans le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), ont toujours été ainsi depuis 2011, année du début de construction du barrage réservoir d’eau de Lom Pangar situé dans la région de l’Est, principale productrice d’or au Cameroun.
Ici, selon ce non moins enseignant, le constructeur chinois a laissé croire aux autorités qu’il fallait vider de ses ressources aurifères la partie que devait occuper la structure.
Et voilà comment les premières exploitations semi-mécanisées chinoises entrent dans le pays pour procéder aux pillages.
«Il en ressort que, déjà en 2011, le Cameroun produisait environ 10 tonnes d’or par an, sauf que rien n’était déclaré, car le peuple camerounais, dans sa majorité, ne comprenait rien des mines, surtout à l’or.»
Si l’on prend juste une proportion moyenne de 12kg annuels pendant 25 ans, à ce jour, le pays devrait avoir produit 300t d’or qui ont échappé au contrôle sécuritaire, grâce aux réseaux mafieux mis en place au niveau des aéroports et des frontières terrestres.
S’agissant de la Société des mines (Sonamines), «qui est juge et partie, qui manque d’argent et de technologie pour contrôler l’exploitation» de l’or, mais dont les parkings sont remplis de rutilantes 4×4, ceux qui ont créé cette entreprise comptaient en faire le socle du secteur minier.
Mais on a ainsi l’impression, en lisant le communiqué de janvier du ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt), Fuh Calistus Gentry, qu’il est dans un esprit de ponce-pilatisme : il jette le tort sur la Somanimes et préconise la fermeture des exploitations semi-mécanisées, qui ne traitent pas le gravier dans un système à vase clos.
D’où ces questions de Bareja Youmssi : est-ce cette méthode qui rend les frontières du pays poreuses ? est-ce l’absence d’étude de faisabilité, sur les exploitations semi-mécanisées, qui fait perdre le contrôle sur la production et les exportations d’or ? pourquoi le ministre refuse-t-il de reconnaître que l’une des raisons principales de la disparition, hors radars, de la production de l’or issu des exploitations semi-mécanisées est la corruption, qui a fait son lit dans le ministère qui est sous sa responsabilité depuis 18 ans ?
Pour Bareja Youmssi, c’est la corruption qui a permis à 15.000kg d’or de disparaître du Cameroun en 2023 et bien avant.
Pour l’expert en mines et pétrole et enseignant-chercheur, il faut d’urgence un nouveau Code minier au Cameroun, faire de l’or une substance stratégique, créer une compagnie aurifère et un régulateur, qui seront en charge de valoriser l’or alluvionnaire.
Il faut, de plus, imposer un processus de traçabilité de l’or dans le pays, combattre la corruption, qui se présente aujourd’hui comme un véritable cancer dans le domaine minier, remettre le cadastre minier en ligne, arrêter avec l’attribution fantaisiste des titres miniers et l’autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée.
De plus, pense le chercheur, il faut un ministère en charge exclusive des Mines, convoquer des états généraux en la matière afin de définir la stratégie et la vision du secteur.
