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Cameroun | Football – L’illusion de la grandeur: Quand le pragmatisme sénégalais met à nu le bilan de Samuel Eto’o Fils

Alors qu’une partie de l’opinion continue de se draper dans le prestige passé de l'actuel patron de l'instance faîtière du football camerounais, un parallèle implacable avec le Sénégal vient cruellement rappeler une vérité comptable : le football se gère avec des compétences, non avec des slogans.

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Par Georges Parfait Owoundi

À l’épreuve des faits, Samuel Eto’o Fils est en passe de s’imposer comme le président le moins prolifique du XXIe siècle à la tête de la Fédération camerounaise de Football (Fecafoot). Arrivé en décembre 2021 avec la promesse messianique de « redonner au football camerounais toute sa grandeur », le bilan de l’ancien international interroge. Cinq ans plus tard, l’armoire à trophées de la fédération est restée désespérément vide. Pas la moindre Coupe d’Afrique des Nations (Can), pas le moindre titre chez les jeunes, aucune reconnaissance continentale majeure. Pire encore, la grandeur promise s’est trop souvent déclinée en éliminations précoces dès les premiers tours et en crises institutionnelles à répétition. Ce désert de résultats est d’autant plus criard qu’il rompt brutalement avec la tradition d’efficacité de ses prédécesseurs immédiats.

Eux, pourtant souvent critiqués en leur temps, n’ont pas eu besoin d’un quinquennat pour inscrire le Cameroun sur le toit de l’Afrique :
Iya Mohammed (Intérim en 1998) : En à peine deux ans de gestion, le Cameroun décrochait la Can 2000 (sa troisième étoile) avant de faire résonner l’hymne national au sommet de l’Olympe avec la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Sydney. Tombi A Roko (Élu en 2015) : Deux ans après son installation, le Cameroun déjouait tous les pronostics au Gabon pour remporter la Can 2017 et broder sa cinquième étoile. Seidou Mbombo Njoya (Élu en 2018) : Dès l’année suivante, en 2019, la sélection U17 offrait au pays son deuxième sacre continental dans cette catégorie, prouvant que la relève était alors en chantier. Face à cette chronologie du succès, les cinq années de l’actuelle mandature résonnent comme une anomalie historique. Pendant que Yaoundé se débat dans des querelles de clocher et des guerres d’ego par médias interposés, Dakar trace sa route avec la précision d’un horloger. Élu en août 2025 à la tête de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), Abdoulaye Fall est devenu le miroir dans lequel la Fecafoot refuse de se regarder. En moins d’un an, sans jamais avoir foulé les pelouses professionnelles, ni revendiqué le statut de légende du ballon rond, ce technocrate a imposé une culture du résultat immédiat. Sous sa gouvernance, le Sénégal a raflé trois trophées majeurs : la Can 2025, la Can U17 2026 et la Can U15. La comparaison est asymétrique, presque insultante pour le Cameroun.

D’un côté, un homme qui n’a pas demandé de temps d’adaptation, ni invoqué de complots imaginaires pour justifier l’échec ; de l’autre, une gouvernance camerounaise qui semble confondre la gestion d’une institution publique avec la gestion d’une image de marque personnelle. Ce contraste saisissant entre le Cameroun et le Sénégal pose une question fondamentale : le statut de grand joueur immunise-t-il contre l’incompétence administrative ? La réponse est désormais gravée dans le marbre des statistiques. Savoir marquer des buts dans les plus grands stades d’Europe n’implique pas automatiquement la maîtrise de la structuration des championnats locaux, du management des hommes ou de la diplomatie sportive. La rhétorique de la grandeur a montré ses limites. À force de vouloir présidentialiser à outrance la Fecafoot et de substituer le culte de la personnalité à la performance technique, le football camerounais s’est vidé de sa substance. Les résultats des sélections inférieures sont en berne, le championnat domestique peine à trouver sa viabilité économique et l’équipe fanion navigue à vue. Le football moderne n’attend pas.

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