Par Mon’Esse
Les données de l’Initiative sur la transparence dans les industries extractives (Itie), sur le Cameroun, font ressortir des faiblesses systémiques sur l’ensemble de la chaîne de valeur dans le secteur aurifère, avec notamment une traçabilité et une supervision limitées ainsi que des lacunes dans la transparence de la Société nationale des mines (Sonamines), selon les dernières conclusions de cet organisme international.
La résolution des problèmes, identifiés et persistants, nécessitera la mise en place de systèmes de traçabilité, une amélioration de la transparence et un renforcement de l’efficacité des contrôles dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, alertent ces conclusions, publiées mercredi sous le titre : «Écarts dans le secteur aurifère du Cameroun : la contribution des données Itie à la promulgation de réformes».
Ce constat, note-t-on, intervient après la publication du rapport Itie 2023 sur le Cameroun, où il apparaît que le pays n’a déclaré que 22,3kg d’exportations d’or cette année-là, alors que les Émirats arabes unis (EAU) ont, dans le même temps, déclaré en avoir importé plus de 15 tonnes du même Etat – soit près de 700 fois plus –, suggérant l’existence de fuites substantielles et la conduite probable d’activités de propagande.
«Cet écart indique l’existence de défis structurels en matière de gouvernance, notamment des frontières poreuses qui permettent de faire sortir l’or du pays sans passer par les canaux d’exportation formels, l’absence de suivi en temps réel au niveau des sites miniers et une application insuffisante des réglementations et des taxes.»
Selon les estimations du rapport Itie, ces fuites pourraient coûter à l’État environ 300 millions de dollars US (165 milliards de francs Cfa) de pertes de recettes chaque année.
Et ce phénomène n’est pas nouveau, insiste l’organisme : en 2021, le Cameroun a enregistré 73kg d’exportations d’or, tandis que les importations déclarées par les pays partenaires totalisaient 5,6 tonnes et que les EAU, à eux seuls, ont déclaré avoir importé 4,8 tonnes d’or.
L’année suivante, les chiffres sur les exportations officielles indiquaient 47,9kg, soit environ 8% de la production déclarée après impôts, contre 4,8 tonnes déclarées par les pays importateurs, dont 4,7 tonnes par les EAU.
L’existence de défis de gouvernance, dans le secteur aurifère au Cameroun, avait déjà été observée avant 2023, souligne l’Itie qui se souvient que à partir de 2021, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) a introduit des mesures impliquant la contribution d’un comité d’experts pour évaluer les minéraux saisis, des formations des services de douane sur le trafic de métaux précieux aux aéroports, une coopération transfrontière avec les pays voisins et la perception de redevances en nature auprès des opérateurs semi-mécanisés.
«Pourtant, l’application de ces mesures a été faible. Sur approximativement 5 tonnes d’or sorties du pays par le biais de canaux informels en 2021, le gouvernement n’en a saisi que 159kg.»
Par ailleurs, et selon les données 2023 de l’Itie sur le Cameroun la «Sonamines a reçu 269kg d’or qui n’ont pas été clairement comptabilisés dans les finances publiques, ce qui soulève des préoccupations en matière de transparence et de supervision».
Si Yaoundé a introduit des réformes dans le secteur et annoncé une enquête depuis février 2026, l’Itie croit savoir que cette intensification indique que la gouvernance du secteur aurifère n’est plus considérée exclusivement comme une question sectorielle, mais comme un enjeu plus large de gouvernance économique et de responsabilité publique.
