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Cameroun | Zone portuaire de Kribi: Le Mindcaf rétrocède 1 200 hectares de terres à un particulier, suscitant de vives critiques

Une série d’arrêtés a été signée le 30 juillet 2026 par le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, foulant au pied les prescriptions du Cabinet civil de la Présidence de la République contenues dans sa lettre du 9 octobre 2023.

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Par Landry Tyaga

Le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF), Henri Eyebe Ayissi, a signé le 30 juillet 2026 une série d’une dizaine d’arrêtés portant rétrocession de terres non affectées par les travaux de construction du Port autonome de Kribi (PAK). Rendus publics, ces textes attribuent au total 1 200 hectares issus de la déclassification d’environ 10 000 hectares de la zone déclarée d’utilité publique (DUP). Ces parcelles, extraites du titre foncier n° 18 884/Océan appartenant à l’État du Cameroun, ont toutes été cédées à Justin Baliaba, opérateur économique bien connu à Kribi dans les milieux du foncier.

Les superficies concernées varient de deux à une centaine d’hectares. Elles se situent dans l’arrondissement de Kribi Ier, notamment dans les localités de Lende-Dibé, Eboundja 1 et 2, ainsi que Grand-Batanga. Selon des informations recueillies sur place, les chefs de ces collectivités auraient conclu des accords avec l’intéressé, présenté comme « partenaire financier ».

Un écart avec les prescriptions de la Présidence

Cette opération s’inscrit dans le sillage de la lettre du Cabinet civil de la Présidence de la République datée du 9 octobre 2023. Celle-ci fait état de l’accord du Chef de l’État pour la restitution des terres non affectées par l’évolution du projet portuaire. Or, le document précise clairement que cette rétrocession doit s’effectuer « au profit du développement des collectivités ». L’attribution exclusive à un seul opérateur privé suscite de vives critiques. D’autant plus que les arrêtés pris par le MINDCAF stipulent, en leur article 2, que « la parcelle visée à l’article 1er sera immatriculée au nom du susnommé (Justin Baliaba, ndlr), conformément à la réglementation en vigueur ». « Nous allons vers un partage entre copains et la spoliation une fois encore de nos terres », dénoncent des riverains qui perçoivent l’acte du MINDCAF comme « une tentative de désappropriation totale ».

Un périmètre portuaire en constante réduction

Le périmètre de la zone d’utilité publique a considérablement régressé depuis le lancement des travaux du complexe industrialo-portuaire de Kribi. Initialement fixé à 26 000 hectares, il a été ramené, avec l’accord du Chef de l’État en 2021, à 15 000 hectares affectés au projet, entraînant la déclassification de quelque 10 000 hectares. C’est sur cette base que le ministre Henri Eyebe Ayissi a procédé aux récentes attributions.

Si la démarche s’appuie sur un protocole d’accord avec les autorités traditionnelles locales, elle interroge quant au respect de l’esprit de la lettre du Cabinet civil de 2023. Les populations riveraines appellent à davantage de transparence et à une affectation prioritaire des terres restituées au développement communautaire plutôt qu’à des intérêts privés.

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