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Sénégal | L’envers du décor démocratique

L'opinion a unanimement salué le jeu politique ces derniers jours au pays de la Teranga.. Avec un peu de recul, on peut tout de même se laisser aller à quelques interrogations.

by world top news
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Comment se fait-il qu’un premier ministre démissionne et quatre jours après, il est le président de l’Assemblée nationale ? N’y a-t-il pas là une faille dans la séparation et le fonctionnement des institutions? La rapidité avec laquelle Ousmane Sonko se retrouve au perchoir préoccupe les analystes car en démocratie seul le pouvoir arrête le pouvoir. On a vécu en mondovision un pied de nez à ce sacro-saint principe au Sénégal.. Les Institutions sont fortes certes mais le bras de fer entre le président et son premier ministre tourne en faveur du second. Dire que Diomaye Faye est pour l’instant humilié est un euphémisme. Il était foncièrement en porte à faux avec son premier ministre, et sa résurrection subite en quatre jours est révélateur d’un

cinglant aveu que le président de l’Assemblée nationale du Sénégal a de manière pratique une prééminence certaine sur le chef de l’État. On l’a compris davantage avec le communiqué signé le 26 mai dernier par le comité exécutif du Pastef enjoignant des militants de ne pas céder à la tentation de négocier avec le pouvoir pour une entrée au gouvernement. C’est de la prérogative du parti de s’accorder avec la présidence de la République pour une éventuelle entrée au gouvernement et selon les modalités bien définies au sujet des portefeuilles et des programmes. Ici encore , Diomaye Faye aura fort à faire mais le chef de l’État demeure le chef de l’État.

Si Diomaye Faye pour sauver la face opte pour la dissolution de l’Assemblée, rien ne prouve qu’il aura la majorité car à date, le Pastef de Sonko compte 130 députés sur un total de 165. Comme pour étaler son aura débordante, il a été porté au perchoir par 132 élus au lieu des 130 attendus.

Face à cette situation, le Sénégal n’est pas entré de toute évidence dans une période d’accalmie comme on pourrait le penser car Sonko va saisir toutes les occasions pour montrer à l’opinion qu’il est le véritable maître de l’État, pouvant nuire à souhait au gouvernement du pays en votant des motions de censure pour régler ses comptes politiques. C’est préoccupant.

En réalité, la démocratie sénégalaise est entrée dans un tunnel dont on évaluera les dégâts ou les performances à la prochaine élection présidentielle.

Au bout du compte, que pourra faire Diomaye Faye pour présider en toute sérénité les trois ans qui lui restent avant la fin de son mandat? Doit-il revenir à de meilleurs sentiments et diluer ses prétentions en acceptant de se soumettre au diktat du Pastef et de Sonko? Ou bien va-t-il essayer de rafistoler un parti politique comme cela semble le cas, autour des adversaires de Sonko?

Ce faisant, cela éclatera aux yeux du monde qu’au Sénégal, c’est la minorité qui tient les rênes du pouvoir.

En définitive, l’arrivée de Sonko au perchoir, loin d’être une bonne nouvelle pour la démocratie, peut se révéler être un piège à l’exemple de ce qui se passe maintenant à l’Assemblée nationale française. A la différence qu’en France il n’y a pas un parti ultra -dominant à l’exemple du Pastef. Les majorités se font et se défont en fonction des intérêts du moment. Au Sénégal la vitalité démocratique va se faire ou ne se fera pas..

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