Par Sandra Embollo
Le ton est monté à Dakar. Lors d’une séance de questions au gouvernement, le chef du gouvernement sénégalais, Ousmane Sonko, a accusé le Fonds monétaire international de ne pas œuvrer au développement du continent africain. « Ce qui intéresse le FMI, ce n’est pas notre développement. Il veut que l’Afrique reste pauvre et sage », a-t-il lancé devant les députés.
Par cette formule choc, le Premier ministre entend dénoncer ce qu’il considère comme un système de dépendance entretenu par les institutions financières internationales. Selon lui, les conditionnalités attachées aux prêts — notamment les exigences de rigueur budgétaire — freinent les investissements publics nécessaires à la transformation structurelle des économies africaines.
Le Sénégal traverse une période budgétaire délicate, marquée par une réévaluation à la hausse de la dette publique et par des discussions serrées avec le FMI. Un programme d’appui financier est actuellement en suspens, l’institution réclamant davantage de transparence et des ajustements macroéconomiques.
Ousmane Sonko plaide pour une approche radicalement différente : un moratoire prolongé sur le service de la dette afin de dégager des marges budgétaires pour l’investissement productif. Il évoque également la nécessité de repenser en profondeur le rôle des bailleurs internationaux dans le développement du continent.
Au-delà du cas sénégalais, cette prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté économique africaine et sur la pertinence des politiques d’ajustement structurel promues depuis plusieurs décennies. Reste à savoir si cette posture offensive pèsera sur les négociations en cours avec le Fmi — ou si elle compliquera davantage la recherche d’un compromis financier pour Dakar.
