Par Serge Aimé BIKOI
C’était au cours d’un point de presse donné à Yaoundé au siège de l’ordre des avocats du Cameroun.
Partant du fait que le droit à la vie est un droit inaliénable et que toute femme a droit à la vie, un féminicide ne saurait être considéré comme un simple fait divers ou une affaire privée. C’est la raison pour laquelle la commission des droits de l’homme du barreau condamne toutes les violences basées sur le genre et tous les féminicides et appelle à l’adhésion de tous les citoyens camerounais pour la lutte commune contre ce fléau social et cette violation extrême.
Cet organe du barreau rappelle que la protection est urgente pour éviter le pire et en appelle aux pouvoirs publics à s’impliquer davantage aux fins d’identification et d’enquête sur les situations graves. Me Dorcas Nkongme, la vice-présidente de la commission des droits de l’homme du barreau insiste sur le traitement urgent des cas signalés et recommande la mise en place des mécanismes d’évaluation rapides des cas et l’adoption des mesures urgentes suivant les cas. Elle interpelle, par la même occasion, tous les acteurs de la justice à s’impliquer davantage pour garantir un accès équitable, rapide et non discriminatoire à la justice.
La commission rappelle à l’État du Cameroun la nécessité d’une réaction appropriée face aux situations connues pour éviter la défaillance dans la protection des droits humains et appelle au renforcement des mécanismes qui permettent d’identifier les causes proches ou lointaines des féminicides. Face à la montée fulgurante de ce fléau social, la commission des droits de l’homme énonce une litanie de recommandations ci-après :
- La prévention des féminicides à travers la création des centres d’écoute et d’accueil dans plusieurs arrondissements pour un travail de proximité
- La mise en place d’un mécanisme national de collecte et d’analyse des données relatives aux violations basées sur le genre et aux féminicides permettant d’identifier les facteurs de risque, les circonstances des décès et les éventuelles défaillances dans la chaîne de protection.
- La création des comités d’alerte dans tous les quartiers
- Le renforcement des centres d’accueil et d’hébergement sécurisés pour les victimes et certains témoins
- L’accompagnement psychologique des femmes victimes des violences et leurs enfants
- La mise en place d’un programme spécial d’éducation des hommes sur les différents droits de la femme
- La finalisation et le dépôt au parlement de l’avant-projet de la loi spécifique sur les Violences basées sur le genre à la prochaine session législative au regard de l’hécatombe des féminicides et penser à pénalisation autonome de ceux-ci.
- L’autonomisation des femmes à travers l’insertion des victimes dans la vie active
La commission des droits de l’homme du barreau lance, in fine, un appel général à l’État du Cameroun, aux Collectivités territoriales décentralisées(Ctd), aux institutions religieuses et traditionnelles, aux professionnels de la justice et de la santé, aux organisations de la société civile, ainsi qu’aux médias à se mobiliser, de manière collégiale, pour cette cause afin qu’une femme qui alerte soit protégée, une femme violentée obtienne justice et qu’une femme assassinée ne soit pas réduite à une simple donnée pour des statistiques.
En rappel, 56 cas de féminicides ont été enregistrés par le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille (Minproff) en 2023; 67 cas en 2024; 77 cas en 2025; 26 cas au premier semestre 2026 et 53 cas enregistrés par la société civile entre janvier et juillet 2026.
