Home PolitiqueAfrique🇳🇬 Nigeria | Xénophobie en Afrique du Sud : Le 14e vol de rapatriement ramène 105 Nigérians à Lagos

🇳🇬 Nigeria | Xénophobie en Afrique du Sud : Le 14e vol de rapatriement ramène 105 Nigérians à Lagos

Près de 2 000 ressortissants évacués depuis juin, après les attaques xénophobes. Abuja exige de Pretoria enquêtes et poursuites. Le froid diplomatique entre les deux géants du continent s'installe.

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Par Cynthia Konan Tawa

Lagos, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le pont aérien continue. Vendredi 2 octobre, le 14e vol consulaire nigérian a ramené 105 ressortissants d’Afrique du Sud à Lagos : 26 hommes, 29 femmes et 50 enfants. Depuis juin, ce sont près de 2 000 Nigérians — 1 695 selon le haut-commissaire par intérim à Pretoria, Ajayi Alexander, dont 1 490 via des évacuations organisées par le gouvernement — qui ont volontairement quitté l’Afrique du Sud, fuyant les attaques xénophobes.

À l’arrivée, une cellule de crise les attend : identifiant national, ligne téléphonique et un million de nairas (environ 600 euros) chacun pour faciliter leur réinsertion. « Nous sommes de retour à la maison », clamaient les passagers du premier vol, le 11 juin, poing levé, encore engoncés dans leurs habits d’hiver sud-africains, rapportait RFI. Derrière la joie du retour, la crainte dans les yeux : discriminations au travail, accès aux soins refusé, agressions physiques, des groupes d’autodéfense allant de maison en maison pour imposer aux étrangers de partir avant le 30 juin.

Le bilan humain est lourd. Selon le ministre nigérian d’État aux Affaires étrangères, 98 Nigérians sont morts depuis 2022 dans des incidents liés aux violences collectives ou à la haine visant les migrants ; Abuja évoque 112 morts et douze tués depuis le début de l’année 2026. La semaine dernière encore, trois ressortissants ont perdu la vie — la consule générale à Johannesburg, Nnikanwa Okey-Uche, a exigé des enquêtes et des poursuites, Pretoria n’ayant pas réagi.

La riposte diplomatique s’organise par étapes. En mai, la ministre Bianca Odumegwu-Ojukwu convoquait le chargé d’affaires sud-africain. Le 11 septembre, le Parlement nigérian suspendait jusqu’à nouvel ordre les déplacements officiels de ses élus en Afrique du Sud et ordonnait le boycott des activités législatives organisées par les institutions sud-africaines — une « forte expression de préoccupation », selon le porte-parole Akin Rotimi. Le 30 août à Luanda, le vice-président Kashim Shettima, représentant Bola Tinubu, demandait à l’Union africaine d’inscrire le sujet à sa 40e session de janvier 2027.

Le Nigeria n’est pas seul : le Ghana a rapatrié 1 500 ressortissants, le Mozambique plus de 700, le Malawi 170. Et à un mois des municipales sud-africaines du 4 novembre, tous les partis — sauf l’EFF de Julius Malema — exploitent la question migratoire, note Le Figaro.

Entre frères africains, le rêve panafricain vacille. Reste à savoir si Pretoria entendra l’exigence d’Abuja : enquêter, arrêter, juger.

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