Par Reagan Lebisano
Kinshasa, 7 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le changement d’échelle est spectaculaire. Après les premières émissions de 2019, l’encours des titres publics congolais est passé de 112 milliards de CDF à 365,5 milliards en 2021, 839,8 milliards en 2022, 1 429,7 milliards en 2023, puis 3 471,6 milliards en 2024. Fin 2025, l’encours consolidé approchait 4 925 milliards ; la barre des 6 500 milliards a été franchie au printemps 2026, et les dernières données de la Banque centrale du Congo (BCC) le situent à 7 655,2 milliards à fin juillet, rapporte ChronikEco.
En quelques années, les titres publics sont passés du statut d’instrument encore expérimental à celui de composante importante du financement du Trésor. Avant le développement de ce marché, les déficits de trésorerie pouvaient exercer une pression importante sur le financement monétaire. Les émissions de titres permettent désormais au Trésor de solliciter directement l’épargne disponible auprès des acteurs financiers, dans une meilleure articulation entre politique budgétaire et politique monétaire. Plutôt que de demander à la Banque centrale de financer directement les besoins de l’État, le Trésor émet des titres rémunérés que souscrivent les investisseurs — un gage de discipline budgétaire et de profondeur du marché financier domestique.
Le marché s’est aussi diversifié. À côté des émissions en francs congolais, les titres libellés en dollars américains ont progressivement pris une place plus importante, répondant à la dollarisation structurelle de l’économie congolaise et à la préférence d’une partie des investisseurs pour les actifs en devises. Au premier semestre 2026, les émissions en CDF n’ont atteint que 31 % de l’objectif (357 milliards contre 1 150 milliards visés), tandis que les souscriptions en dollars dépassaient 122 % du programme, avec 1,1019 milliard de dollars retenus.
Mais cette évolution ne signifie pas que le financement par Bons du Trésor est gratuit. Le prix du succès, ce sont les taux d’intérêt : 9,64 % sur les Bons du Trésor en devises à trois mois adjugés le 23 juin, 9 % sur les Obligations à 18 mois, 8 % sur celles à deux ans. Mardi 13 octobre, le ministère des Finances prévoit de lever 60 millions de dollars via une nouvelle adjudication d’Obligations du Trésor « OT 8 % 13 octobre 2028 », remboursables semestriellement en dollars.
La Rdc s’endette vite, et cher. Le besoin de financement de l’État est évalué à environ 2,9 milliards de dollars pour 2026. La question n’est plus de savoir si Kinshasa peut lever de l’argent — elle le peut. C’est combien cela lui coûtera, et pour quels investissements.
Sources: BCC, DosEco.
