Home PolitiqueAfrique🇨🇲 Cameroun | Affaire Vision 4 : Me Zeifman dénonce un « homme de réseau » derrière René Sadi

🇨🇲 Cameroun | Affaire Vision 4 : Me Zeifman dénonce un « homme de réseau » derrière René Sadi

L’avocate de la famille de Martinez Zogo accuse le ministre de la Communication de privilégier ses relations au détriment de l’autorité du régulateur.

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Par Ilyass Chirac Poumie

Yaoundé, 6 octobre 2026 (Panorama Papers) – Me Félicité Esther Zeifman a vivement dénoncé, dans une lettre ouverte publiée mardi, l’intervention du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, en faveur du rétablissement de Vision 4 sur le bouquet Canal+, après la suspension de la chaîne par le Conseil national de la communication (CNC).

« J’avais cru voir en vous un homme d’État. J’ai découvert un homme de réseau », écrit l’avocate au Barreau de Paris et conseil de la famille de Martinez Zogo. Elle retire publiquement les éloges qu’elle avait auparavant adressés au ministre, estimant que sa démarche contredit la retenue et le respect des institutions qu’elle lui prêtait.

Au centre de sa critique figure une correspondance du 2 octobre adressée à la directrice générale de Canal+ Cameroun. René Sadi y demande la reprise de la diffusion de Vision 4, suspendue pour un mois le 29 septembre. Le ministre invoque la préservation de l’équilibre de l’espace médiatique national, les emplois de la chaîne et les conséquences économiques de l’interruption.

Pour Me Zeifman, ces arguments constituent des « mots-paravents ». Elle reproche au ministre d’intervenir auprès d’un distributeur pour faire rétablir une chaîne sanctionnée, alors que la contestation des décisions du régulateur doit, selon elle, être portée devant le juge compétent.

« Depuis quand, Monsieur le Ministre, le ministre de la Communication s’érige-t-il en juge d’appel du régulateur ? », interroge-t-elle.

L’avocate reconnaît être directement concernée par le dossier, la procédure disciplinaire ayant pour origine un reportage consacré à sa personne. Elle affirme toutefois inscrire sa démarche dans la défense de l’autorité du CNC, de l’égalité devant la loi et des attentes de la famille de Martinez Zogo.

Sa lettre met également en cause les relations qu’elle affirme exister entre René Sadi et Jean-Pierre Amougou Belinga, propriétaire de Vision 4 et accusé dans le procès de l’assassinat du journaliste. Elle attribue aussi à un directeur du ministère, désigné sous le nom de M. Ombwa, un rôle dans la préparation du courrier adressé à Canal+. Ces affirmations sont celles de l’avocate et ne sont pas établies par les éléments consultés.

Me Zeifman dénonce ainsi « une corruption qui ne dit pas son nom », précisant qu’elle vise un détournement du sens de l’État au profit de relations personnelles, sans affirmer l’existence de versements d’argent.

Elle demande au ministre de préciser le texte autorisant son intervention, de répondre sur le rôle attribué à M. Ombwa et d’expliquer si ses relations avec le patron de Vision 4 ont influencé sa décision.

Un conflit né d’un reportage visant l’avocate

Le différend trouve son origine dans un reportage diffusé le 2 juin 2026, dont le CNC a estimé que certains propos portaient atteinte à la dignité de Me Zeifman. Une première décision avait suspendu le journaliste Martial Owona pour trois mois et adressé un avertissement à un responsable de la chaîne.

Le 29 septembre, le régulateur a suspendu Vision 4 pour un mois, invoquant notamment la non-exécution de la sanction antérieure et des actes de défiance envers son autorité. La suspension de Martial Owona a été portée à six mois.

L’intervention de René Sadi auprès de Canal+ a ouvert un nouveau front dans cette affaire : celui du respect des décisions du régulateur. La lettre de Me Zeifman place désormais le ministre face à une accusation explicite de favoritisme, dont elle lui demande publiquement de répondre.

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