Par Hajer Elina
Yaoundé, 8 octobre 2026 (Panorama Papers) – C’est une alerte au sommet de l’État. Dans une correspondance n°00005430/2026/MINEE/SG/DPPG/SDAS/SRI datée du 6 octobre 2026, adressée au ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, rend compte d’une « situation assez préoccupante » : l’épuisement des stocks de sécurité de carburant et les difficultés rencontrées par la Scdp pour continuer d’approvisionner la Délégation générale à la Sûreté nationale en produits pétroliers.
Le rappel des faits est chiffré. Par correspondance du 14 juin 2024, le secrétaire général de la présidence avait instruit le ministre des Finances d’engager un marketer chargé d’approvisionner en urgence la Dgsn en carburants, en attendant la reconstitution des stocks de sécurité. En exécution, le Minfi a signé une convention avec la société Neptune Oil S.A. pour le remplacement de 5 860 m³ déjà consommés par la Dgsn sur la période 2022-2023, pour un montant de 4 875 520 000 Fcfa. Une somme « régulièrement engagée, liquidée et ordonnancée », écrit le ministre — mais qui « demeure jusqu’à date impayée ».
Au 6 octobre 2026, le volume consommé par la Dgsn s’élève désormais à 22 765 m³, tous produits confondus, soit 21 061 896 338 Fcfa. Ce volume, souligne Gaston Eloundou Essomba, « épuise les stocks de sécurité » et intègre des volumes appartenant à des marketers, « exposant ainsi » la Scdp « à des risques juridiques et financiers avérés ».
Le constat du ministre est sans appel : le mécanisme de prise en charge des consommations de la Dgsn par un marketer privé est « structurellement inopérant », au regard des tensions de trésorerie de l’État et de la dépendance des marketers à des lignes de financement bancaires à court terme.
Sa suggestion : « l’arrimage de la Dgsn au mécanisme d’approvisionnement des corps de défense opéré par la société Tradex S.A. sur le modèle éprouvé du Mindef et récemment étendu, avec succès, à la Garde présidentielle ».
À la présidence désormais de trancher : maintenir un dispositif que le ministre lui-même juge inopérant, ou arrimer la police nationale au modèle de l’armée. Les 21 milliards, eux, restent dus.
