Par Hajer Elina
Yaoundé, 8 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le fantôme d’Emmanuel Leubou plane de nouveau sur Yaoundé. Selon le journaliste Boris Bertolt, les ministres des Finances, Louis Paul Motaze, et de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, auraient mis au jour un réseau d’agents des deux ministères ayant créé près de 2 000 comptes bancaires frauduleux rattachés à des enseignants présumés fictifs. Les commentateurs y voient déjà la réplique du scandale Leubou.
Rappel : en 2015, Emmanuel Leubou, informaticien à la tête de la cellule informatique de la Direction des dépenses du personnel et des pensions, avait détecté une fraude estimée à près de 5,5 milliards de Fcfa par mois au sein du ministère des Finances — des remboursements d’avances sur salaires et pensions disparaissant du système de paiement. De lanceur d’alerte, il est devenu prévenu : détenu depuis mai 2018, son affaire embarrasse toujours le Tribunal criminel spécial, selon une enquête de Jeune Afrique.
L’allégation de Boris Bertolt n’est corroborée par aucun média établi à ce stade, et aucune communication officielle des deux ministères ne l’a confirmée. Elle intervient toutefois dans un contexte documenté d’assainissement du fichier solde de l’État : le ministre Louis Paul Motaze vient d’annoncer des mesures contre les fonctionnaires fictifs résidant à l’étranger — 5 971 agents concernés, sommés de justifier leur situation avant le 31 octobre 2026 sous peine de suspension de leur rémunération.
Le contexte universitaire est lui aussi explosif. Le SYNES a entamé le 3 septembre une grève totale et illimitée dans les huit universités d’État, exigeant l’apurement intégral d’une dette académique accumulée entre 2000 et 2021, estimée à 15,4 milliards de Fcfa — dont 41 %, soit 6,35 milliards, auraient été versés depuis octobre 2025 selon le Minesup. Le 29 septembre, le ministre Jacques Fame Ndongo annonçait un nouveau virement de 1,088 milliard au titre de l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche, portant les versements à 2,555 milliards sur une enveloppe de 4,920 milliards.
Allégation ou réalité ? En l’absence de confirmation officielle, le « Leubou 2.0 » reste une accusation à vérifier. Mais elle tombe sur un terreau fertile : celui d’un État qui découvre, opération après opération, l’ampleur de ses propres fantômes.
