Par Julie Peh
Les travailleurs dénoncent également une gestion opaque des finances de l’entreprise, parlant de possibles détournements de fonds alors que la chaîne, créée avec l’ambition de porter la voix de l’Afrique à l’international, traverse depuis plusieurs années une grave crise financière et éditoriale.
D’après plusieurs témoignages relayés en ligne, des journalistes, techniciens et personnels administratifs auraient continué à travailler sans rémunération régulière, dans un climat de pression et d’incertitude. Certains employés évoquent des loyers impayés, des difficultés à assurer leurs dépenses quotidiennes et une profonde détresse psychologique. Jusqu’ici, aucune communication officielle détaillée n’a été publiée par la direction de la chaîne concernant ces nouvelles accusations.
Ce n’est pas la première fois que Africa 24 est confrontée à des accusations liées aux retards de salaires et à la dégradation des conditions de travail. Déjà en décembre 2022, plusieurs médias camerounais, révélaient que les salariés du bureau de Paris accusaient jusqu’à trois mois d’impayés. Des employés dénonçaient alors une situation financière « inquiétante », une absence de ligne éditoriale claire ainsi qu’un matériel technique vieillissant et régulièrement en panne.
À l’époque, des sources internes expliquaient que les fonds n’étaient débloqués qu’en cas de menace de grève des journalistes et techniciens. Les salariés évoquaient également l’absence de moyens de fonctionnement élémentaires, affirmant même que les bureaux parisiens ne disposaient plus de ligne téléphonique fonctionnelle depuis plusieurs années.
Fondée en 2009, Africa 24 avait pour ambition de devenir la première chaîne mondiale d’information continue consacrée à l’Afrique. Le média avait bénéficié à ses débuts du soutien de plusieurs partenaires institutionnels et économiques, avec une forte proximité perçue avec les autorités camerounaises.
Mais au fil des années, la chaîne a accumulé des difficultés financières, des critiques sur sa gouvernance et des accusations récurrentes concernant la gestion des ressources humaines.
Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte plus large de dénonciation des abus professionnels au Cameroun et dans certaines entreprises liées à l’État. Plusieurs organisations de défense des travailleurs dénoncent régulièrement les retards de salaires, les licenciements abusifs et la précarité grandissante dans les médias africains.
Aujourd’hui, les employés d’Africa 24 réclament non seulement le paiement immédiat des arriérés de salaires, mais aussi plus de transparence sur la gestion financière de la chaîne. Certains menacent désormais de saisir les juridictions françaises compétentes afin de faire reconnaître leurs droits.
