Par Julie Peh
Le drame remonte au 22 août 2022. Ce jour-là, une fusillade éclate dans le quartier huppé de Midtown à Atlanta. Selon les enquêteurs, Raissa Kengne ouvre le feu dans un premier temps dans la résidence 1280 West Condos, où elle vivait. Deux employés de l’immeuble sont visés : Michael Shinners, gestionnaire de la résidence, est tué sur place tandis qu’un autre employé, Michael Horne, est grièvement blessé. Quelques minutes plus tard, la Camerounaise se rend dans les bureaux du cabinet d’audit BDO, son ancien employeur, où elle abat Wesley Freeman, son ex-manager.


Les autorités américaines avaient rapidement indiqué qu’il ne s’agissait pas d’un acte aléatoire. Les victimes avaient toutes un lien direct avec la suspecte. Plusieurs d’entre elles étaient d’ailleurs citées dans une plainte déposée auparavant par Raissa Kengne contre son ancien employeur et certaines personnes de son entourage professionnel. Dans cette procédure judiciaire, elle dénonçait des faits de harcèlement, de représailles, d’intimidation, de piratage informatique et même de persécution à son encontre après avoir signalé des irrégularités professionnelles au sein de l’entreprise.
Au fil du procès, les procureurs ont décrit une attaque soigneusement préparée. Selon l’accusation, Raissa Kengne aurait établi une véritable “liste de personnes à abattre”. Quelques jours avant le passage à l’acte, elle aurait acheté une arme de poing et suivi une séance privée d’apprentissage au tir. Les enquêteurs ont également révélé qu’elle avait transféré certains de ses biens à un proche avant les faits, signe, selon le parquet, qu’elle était consciente des conséquences de ses actes.

Mais la défense a tenté de démontrer que la jeune femme souffrait de graves troubles psychiatriques. Ses avocats ont évoqué une schizophrénie avancée ainsi qu’un état de paranoïa et de délire ayant altéré son discernement. En 2024, la justice l’avait même déclarée inapte à être jugée avant qu’un traitement médical ne la rende finalement apte à comparaître devant la cour.
Malgré ces arguments, les jurés ont estimé qu’elle demeurait pénalement responsable de ses actes. Le verdict “guilty but mentally ill” signifie que la justice reconnaît l’existence de troubles mentaux, tout en considérant que l’accusée savait distinguer le bien du mal au moment des faits.
Cette affaire avait provoqué de l’indignation aux États-Unis mais aussi au sein de la diaspora camerounaise. Elle avait relancé le débat sur les violences psychologiques au travail, la santé mentale et la lenteur des procédures judiciaires dans certains conflits professionnels. Pour plusieurs observateurs, ce drame illustre jusqu’où peuvent conduire l’isolement psychologique, le sentiment d’injustice et l’absence de prise en charge adaptée.
