Accueil » Cameroun | Liberté d’expression: Le commissaire Vicent de Paul Meva aurait fait arrêter Longuè Longuè dès sa décente de l’avion

Cameroun | Liberté d’expression: Le commissaire Vicent de Paul Meva aurait fait arrêter Longuè Longuè dès sa décente de l’avion

Yaoundé, 18 juin 2026 – L'artiste camerounais Longkana Agno Simon, plus connu sous le nom de Longuè Longuè, aurait passé sa première nuit dans l'une des cellules du régime dictatorial de Yaoundé. Le document, daté du 15 juin 2026, indiquait que le chanteur était recherché sur toute l'étendue du territoire national dans le cadre d'une procédure judiciaire pour « outrage au chef de l'État ».

by Panorama papers
0 comments

Par Ilyass Chirac Poumie

Selon l’avis signé par Vincent de Paul Meva, Commissaire de police; toute unité de police ou de gendarmerie qui viendrait à localiser l’artiste était invitée à procéder à son arrestation et à en référer immédiatement au Cabinet du Délégué général à la Sûreté nationale.

Cette décision est intervenu alors que Longuè Longuè était annoncé à bord d’un vol en provenance de France, où il faisait récemment l’objet d’une procédure d’éloignement du territoire français. Plusieurs médias camerounais ont indiqué que les forces de sécurité avaient été mobilisées à l’aéroport international de Douala afin de l’interpeller dès son arrivée au Cameroun.

L’affaire a suscité de nombreuses réactions dans les milieux politiques, artistiques et associatifs. Pour plusieurs observateurs, l’infraction d’« outrage au chef de l’État » apparaît comme l’un des symboles les plus controversés des restrictions à la liberté d’expression dans plusieurs pays africains. L’un d’eux estime qu’

« arrêter un artiste pour outrage au chef de l’État relève davantage de pratiques associées aux régimes autoritaires du siècle dernier qu’à une démocratie moderne »,

établissant un parallèle avec des périodes sombres de l’histoire politique latino-américaine d’Augusto Pinochet.

Au-delà du cas personnel de Longuè Longuè, cette procédure ravive le débat sur la place de la critique politique dans l’espace public camerounais. Des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement le recours à cette qualification pénale contre des journalistes, militants ou opposants, estimant qu’elle peut avoir un effet dissuasif sur l’exercice de la liberté d’opinion. Plusieurs affaires médiatisées ont déjà été ouvertes ces dernières années sous le chef d’accusation d’outrage au chef de l’État.

L’affaire prend également une dimension particulière au regard du parcours de l’artiste. Figure populaire de la musique camerounaise depuis plus de deux décennies, Longuè Longuè s’est souvent retrouvé au cœur des controverses politiques. En 2024, la diffusion d’une vidéo montrant les sévices qu’il affirmait avoir subis lors de sa détention en 2019 avait provoqué une vague d’indignation au Cameroun et à l’international. Cette affaire avait conduit plusieurs acteurs politiques, juridiques et de la société civile à réclamer l’ouverture d’enquêtes indépendantes.

Surnommé « le Libérateur » par une partie de ses admirateurs depuis le succès de son album Ayo Africa au début des années 2000, Longuè Longuè demeure l’un des artistes les plus influents de sa génération. Ses prises de position politiques, parfois contradictoires au fil des années, lui ont valu autant de soutiens que de critiques.

Alors que l’avion transportant l’artiste était supposé atterrir depuis la veille (18 juin 2026 [19h00]); aucun signe de l’artiste qu’on connaît pourtant très bruyant, ni communication officielle n’a été faite sur les déclarations précises ou les actes qui auraient motivé la procédure engagée contre le chanteur jusqu’à présent (19 juin 2026 [6h00 du matin]). Son arrestation pourrait cependant transformer un dossier judiciaire en affaire politique majeure, dans un contexte où les questions relatives aux libertés publiques demeurent au centre des débats au Cameroun.

Né le 10 octobre 1976 à Douala, Longuè Longuè est l’une des figures les plus connues de la musique camerounaise contemporaine. Son retour forcé au Cameroun après son expulsion de France coïncide avec l’émission de cet avis de recherche. Pour de nombreux observateurs, la séquence qui s’ouvre dépasse désormais le seul cas de l’artiste et pose la question plus large de la compatibilité entre l’infraction d’outrage au chef de l’État et les principes d’une démocratie pluraliste.

LIRE AUSSI:

You may also like

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest

0 Commentaires
Need Help? Chat with us
Panorama Papers
Support online
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x
Send this to a friend