Par Sandra Embollo
Selon les conclusions de la juridiction d’instruction, plusieurs éléments matériels et testimoniaux justifient le maintien en détention provisoire du patron du groupe L’Anecdote à la prison centrale de Kondengui. Au cœur du dossier figure notamment le procès-verbal de confrontation entre Jean-Pierre Amougou Belinga et le lieutenant-colonel Justin Danwe, considéré comme l’un des principaux protagonistes de l’affaire.
Au cours de cette confrontation, l’ancien responsable des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) a maintenu ses précédentes déclarations. Il affirme avoir reçu une somme de deux millions de francs Cfa des mains de Jean-Pierre Amougou Belinga. D’après l’accusation, cet argent aurait servi à financer une opération visant initialement à faire pression sur le journaliste Martinez Zogo avant que celle-ci ne débouche sur sa séquestration, sa torture et son assassinat.
Les enquêteurs s’appuient également sur les images de vidéosurveillance saisies au siège du groupe L’Anecdote. Selon le dossier d’instruction, ces enregistrements montrent la présence de Justin Danwe dans le bureau de Jean-Pierre Amougou Belinga le 16 janvier 2023, soit la veille de l’enlèvement de Martinez Zogo, puis le 18 janvier, au lendemain de l’opération.
Les magistrats considèrent que la concordance entre ces images et les déclarations du lieutenant-colonel Danwe constitue un faisceau d’indices graves et concordants. Selon les éléments retenus par l’instruction, la rencontre du 16 janvier aurait permis d’informer le commanditaire présumé de la mise en place du dispositif opérationnel, tandis que celle du 18 janvier aurait servi à rendre compte de l’exécution de la mission.
Pour la juridiction, ces éléments sont de nature à justifier le maintien sous main de justice de l’accusé. Les juges évoquent notamment les risques de pression sur les témoins, de perturbation de la manifestation de la vérité et de trouble à l’ordre public en cas de remise en liberté.
L’affaire Martinez Zogo demeure l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de l’histoire récente du Cameroun. Le journaliste avait été enlevé en janvier 2023 avant d’être retrouvé mort quelques jours plus tard. Plusieurs responsables sécuritaires ainsi que des personnalités du monde des affaires sont poursuivis dans le cadre de cette procédure ouverte devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Le renvoi de l’examen de la demande de liberté provisoire prolonge ainsi l’incarcération de Jean-Pierre Amougou Belinga en attendant la prochaine audience fixée au 16 juillet.

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