Publiée le 23 juin 2026, une enquête signée Professeur Viviane Ondoua Biwolé dresse un état des lieux implacable de la gouvernance des entreprises publiques camerounaises. Fondée sur l’analyse de 89 structures et des données du CTR-MINFI couvrant la période 2019-2022, l’étude met au jour des dérives systémiques qui pèsent lourdement sur les finances publiques et la crédibilité de l’État actionnaire.
Le premier constat est d’ordre institutionnel. Sur les 89 entités passées au crible, 77 présidents de conseils d’administration continuent d’exercer leurs fonctions bien au-delà des durées prévues par les lois n°2017/010 et n°2017/011 du 12 juillet 2017 portant statut général des établissements publics et des entreprises du secteur public et parapublic. Le même constat vaut pour plusieurs dizaines de directeurs généraux et de directeurs généraux adjoints, maintenus en poste sans renouvellement ni mise en concurrence transparente.
Cette permanence aux postes de décision, en contradiction flagrante avec le cadre légal, illustre selon la chercheuse une gouvernance de fait où la règle cède la place à la longévité. Un dysfonctionnement qui hypothèque toute logique de recevabilité et de renouvellement des équipes dirigeantes.
40 milliards de pertes nettes, la sanction des comptes
Le second volet de l’étude porte sur la santé financière des structures. Pour le seul exercice 2022, les pertes nettes cumulées des entreprises publiques analysées s’élèvent à près de 40 milliards de francs CFA. Un montant qui témoigne d’une dégradation continue des performances et d’un modèle économique à bout de souffle pour une part significative de ces entités. La Pr Viviane Ondoua Biwolé parle sans détour d’un « triple naufrage » pour qualifier la situation.
Au-delà des pertes globales, l’enquête identifie quatre entreprises publiques en situation de faillite technique. Ces structures, maintenues artificiellement en vie, ne doivent leur survie qu’aux subventions, avances de trésorerie et garanties accordées par l’État. Un soutien public qui pèse sur le budget de l’État et interroge la pertinence du maintien de certaines entités dont la viabilité économique n’est plus démontrée.
Un rapport qui relance le chantier des réformes
En s’appuyant sur les données officielles du CTR-MINFI, le rapport de la Pr Ondoua Biwolé intervient à un moment clé. Le gouvernement camerounais a engagé depuis plusieurs années un processus de réforme de la gouvernance publique, avec pour ambition de moraliser la gestion et d’améliorer la performance des entreprises publiques.
Les conclusions de l’étude rappellent l’urgence d’une application stricte des lois de 2017. Respect des mandats, évaluation périodique des dirigeants, contractualisation des objectifs, et publication des comptes : autant de leviers que la chercheuse appelle à activer sans délai.
Car au-delà des chiffres, c’est la confiance des citoyens dans la gestion du patrimoine public qui est en jeu. Tant que des dirigeants resteront en poste hors cadre légal et que des entreprises continueront de survivre uniquement grâce au contribuable, le « triple naufrage » dénoncé par la Pr Viviane Ondoua Biwolé continuera de plomber les ambitions de développement du Cameroun.
