Par Ilyass Chirac Poumie
Comme en 2024, les autorités avaient présenté ce déplacement comme un « court séjour privé » en Europe. L’année dernière, le président n’était réapparu qu’au bout de 49 jours, à son retour de Genève, sans déclaration publique, se contentant d’un bref salut depuis son véhicule à l’aéroport de Yaoundé.
Cette année encore, le gouvernement s’efforce de rassurer l’opinion. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a démenti dès le 18 juin les informations faisant état d’une hospitalisation du président dans une clinique genevoise. Toutefois, aucune apparition publique ni image récente permettant de confirmer son état de santé n’a été diffusée, alimentant les spéculations.
Au-delà de la question de la santé du chef de l’État, le débat porte désormais sur la conduite des affaires publiques durant cette longue absence. Plusieurs observateurs estiment que l’attention s’est progressivement déplacée vers la Première dame, Chantal Biya, qui accompagne le président lors de ses séjours en Suisse et dont l’influence au sein de l’appareil d’État fait l’objet de nombreuses analyses politiques. Aucune autorité n’a toutefois confirmé qu’elle exercerait un quelconque pouvoir institutionnel.
Cette situation intervient alors que le Cameroun ne dispose toujours pas d’un vice-président en fonction, malgré la réintroduction de cette fonction par la récente révision constitutionnelle. En cas de vacance de la présidence, la Constitution prévoit que l’intérim soit assuré par le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Or, l’absence prolongée du chef de l’État relance les interrogations sur les mécanismes de continuité de l’État en cas d’empêchement durable.
Le contexte politique renforce encore ces préoccupations. Depuis la réélection contestée de Paul Biya à l’issue du scrutin présidentiel d’octobre 2025, le pays demeure marqué par de fortes tensions politiques. Dans ce climat, l’absence prolongée du président nourrit un débat grandissant sur la transparence institutionnelle, la gouvernance et la préparation de la succession au sommet de l’État.
Près de cinquante jours après son départ, aucune indication officielle n’a été donnée quant à la date de son retour au Cameroun. En l’absence de communication détaillée des autorités, les interrogations continuent de se multiplier, tandis que le fonctionnement des institutions demeure au centre des préoccupations de nombreux acteurs politiques et de l’opinion publique.
