Accueil » Cameroun | Valentin Zinga et Rfi: Quand le Quai d’Orsay et son principal média finissent par prolonger le récit des créatures de Paul Biya

Cameroun | Valentin Zinga et Rfi: Quand le Quai d’Orsay et son principal média finissent par prolonger le récit des créatures de Paul Biya

Un éditorial n'a pas vocation à flatter. Il n'a pas davantage pour mission de répéter la parole officielle sous couvert d'analyse. Il sert à interroger, à confronter les faits et, parfois, à dénoncer ce qui apparaît comme une dérive. À la lecture de l'article publié par RFI sous la signature de Valentin Zinga, une impression persiste : celle d'un média qui, volontairement ou non, accompagne désormais la stratégie de communication de la présidence camerounaise.

by Panorama Group, LLC
0 comments

Par Ilyass Chirac Poumie

Le constat de départ est juste. Depuis son départ du Cameroun le 7 juin dernier, Paul Biya est invisible. Il ne parle plus. Il ne reçoit plus de délégations devant les caméras. Les seules preuves de son activité politique sont devenues des décrets, des nominations et des signatures administratives.

Là où l’article de Rfi prend une tournure discutable, c’est lorsqu’il s’attarde à expliquer cette stratégie sans pousser plus loin les questions qu’elle soulève. Le média décrit comment le pouvoir communique. Il détaille les raisons de cette évolution. Il cite des universitaires qui expliquent le changement de méthode. Mais il laisse finalement de côté l’interrogation essentielle : pourquoi un chef de l’État en est-il réduit à devoir prouver son existence politique par une succession de décrets ?

Au Cameroun, le débat ne porte plus sur la valeur juridique des décrets. Celle-ci n’est contestée par personne en tant que telle. Le débat est ailleurs. Il porte sur les conditions dans lesquelles ces décisions sont prises, sur la capacité réelle du président à exercer personnellement ses fonctions et sur l’opacité qui entoure son absence prolongée. Or, ces interrogations dominent les médias sociaux depuis plusieurs semaines. Chaque décret est analysé, chaque nomination est disséquée, chaque signature est confrontée aux informations, aux rumeurs et aux contradictions de la communication officielle. Que l’on partage ou non ces questionnements, ils structurent aujourd’hui le débat public. Les ignorer ou les reléguer au second plan revient à passer à côté de la véritable crise de confiance qui traverse le pays.

À mes yeux, c’est précisément là que l’article de RFI montre ses limites. En mettant l’accent sur la mécanique de communication présidentielle plutôt que sur les raisons profondes de la défiance populaire, il donne le sentiment d’accompagner le récit construit par le pouvoir. Non pas en reprenant mot pour mot les éléments de langage officiels, mais en déplaçant le centre du débat : on explique comment les décrets rassurent, au lieu de s’interroger sur les raisons pour lesquelles ils ne suffisent plus à convaincre.

Le paradoxe est pourtant évident. Si la présidence multiplie aujourd’hui les actes administratifs, c’est bien parce que leur publication est devenue une nécessité politique. Autrefois, l’autorité présidentielle allait de soi. Désormais, elle doit être démontrée. Et lorsqu’un pouvoir doit constamment prouver qu’il gouverne encore, c’est déjà le signe qu’un doute s’est installé.

Les médias ont un rôle particulier dans ce contexte. Ils ne sont ni les communicants de l’opposition, ni ceux du gouvernement. Leur responsabilité est de maintenir une distance critique avec tous les récits de pouvoir. Cette distance est d’autant plus indispensable lorsque les citoyens réclament des réponses précises sur un sujet aussi fondamental que l’exercice effectif de la magistrature suprême.

À la lecture de cet article, je retiens surtout une impression : en cherchant à expliquer la nouvelle stratégie de communication présidentielle, RFI contribue, selon moi, à la rendre plus audible qu’à l’éprouver. C’est un choix éditorial qui peut se défendre. Mais il mérite lui aussi d’être soumis à la critique. Car au bout du compte, les Camerounais n’attendent pas seulement des décrets. Ils attendent des réponses. Et aucune signature, aussi solennelle soit-elle, ne remplacera durablement la transparence que réclame une opinion publique de plus en plus exigeante.

You may also like

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest

0 Commentaires
Need Help? Chat with us
Panorama Papers
Support online
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x