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Sénégal | Transparence budgétaire: IBP installe son hub régional Afrique francophone à Dakar

Longtemps confinée aux cercles d’experts, la transparence budgétaire cherche désormais à s’imposer comme un enjeu citoyen en Afrique francophone. L’International Budget Partnership (IBP) a officiellement ouvert son bureau régional à Dakar.

by world top news
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Avec Jean Charles Biyo’o Ella

«Un budget public ne se résume pas à une succession de colonnes de chiffres. Il détermine la construction d’un centre de santé, l’ouverture d’une salle de classe, l’entretien des routes ou encore l’accès à l’eau potable ». C’est avec cette conviction que l’International Budget Partnership (IBP) vient de franchir une nouvelle étape de son implantation en Afrique francophone. Le 22 juillet 2026, l’organisation internationale spécialisée dans la gouvernance budgétaire a officiellement ouvert son bureau régional à Dakar. Une implantation qui vise à renforcer la gouvernance budgétaire dans onze pays francophones d’Afrique subsaharienne à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali, Madagascar, le Niger, la République démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
À la tête de ce nouveau hub régional se trouve Maleine Amadou Niang, spécialiste des politiques publiques et de la gouvernance budgétaire. Il avait rejoint l’organisation en février 2019 comme premier représentant pays au Sénégal. Avant son arrivée à IBP, il dirigeait notamment le programme « Finances publiques » de l’Ong sénégalaise 3D, où il a travaillé sur les questions de transparence budgétaire, de réformes institutionnelles et de suivi-évaluation.

Une ambition régionale

Pour Ana Patricia Muñoz, directrice exécutive d’IBP, cette ouverture va bien au-delà d’une simple implantation géographique. Elle s’inscrit dans une vision où les budgets publics doivent devenir des instruments au service du développement et de la justice sociale. « Notre ambition est que l’argent public bénéficie réellement à tous, en particulier aux communautés les plus marginalisées », a-t-elle déclaré lors du lancement du bureau régional. Pour elle, une plus grande transparence budgétaire n’a de sens que si elle produit des résultats concrets pour les citoyens.
Forte de son expérience acquise au Sénégal, l’organisation entend désormais partager les enseignements tirés du pays avec d’autres États de la région. L’idée défendue par IBP est simple : une réforme qui fonctionne dans un pays peut devenir une source d’inspiration pour ses voisins confrontés à des défis similaires.

Depuis sept ans, IBP accompagne déjà des parlements, des administrations publiques, des institutions supérieures de contrôle et des organisations de la société civile dans plusieurs pays francophones. Parmi les initiatives mises en avant figurent le Réseau Afrique francophone, le programme PACT Budgétaire en Côte d’Ivoire, l’Open Budget Survey (Enquête sur le budget ouvert), ainsi que plusieurs dialogues régionaux consacrés aux finances publiques.

Une réponse aux nouveaux défis budgétaires

Cette nouvelle implantation intervient dans un contexte marqué par de fortes pressions sur les finances publiques africaines. Hausse de la dette, marges budgétaires limitées et besoins sociaux croissants : les États sont confrontés à la nécessité d’améliorer non seulement la mobilisation des ressources, mais aussi la qualité des dépenses publiques.
La Banque africaine de développement (BAD) souligne d’ailleurs que le financement du développement constitue l’un des grands défis du continent dans un environnement économique mondial de plus en plus contraint.

Ce diagnostic est également partagé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Pour Abass Habasso Traoré, directeur des finances publiques et de la fiscalité intérieure de l’institution, la transparence doit désormais intégrer davantage la publication des contrats publics et une meilleure gestion de la dette.

« Publier les contrats de concession, leurs bénéficiaires et leurs conditions est un gage de transparence et de crédibilité de l’action gouvernementale ».

a-t-il déclaré.

Selon lui, le Code de transparence adopté par l’UEMOA en 2009 montre aujourd’hui certaines limites.

« L’actualité dans nos pays sur la dette a montré qu’il y a des choses qu’il faut faire ».

a-t-il ajouté, évoquant la nécessité de renforcer le dispositif régional.

La BAD voit également dans cette initiative un outil pour rapprocher les finances publiques des citoyens. Pour Zéneb Touré, responsable de la Division de la société civile et de l’engagement communautaire, « le lancement du bureau régional de l’International Budget Partnership pour l’Afrique francophone constitue une avancée importante ».

Selon elle, l’enjeu est de faire des finances publiques un levier de développement, d’équité et de confiance entre les institutions et les populations.

Des progrès, mais des défis persistants
Les avancées restent toutefois contrastées. Les résultats de l’Open Budget Survey montrent que plusieurs pays francophones ont amélioré leurs performances en matière de transparence budgétaire. Le Bénin figure parmi les pays les mieux classés du continent, tandis que la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou encore Madagascar enregistrent également des progrès.

Des défis persistent néanmoins, notamment sur la participation citoyenne, l’accès à l’information budgétaire et le contrôle indépendant des finances publiques.
Prenant la parole par visioconférence, Rodrigue Chaou, ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique du Bénin, a insisté sur la nécessité d’inscrire les réformes dans la durée. « La transparence budgétaire est un chantier permanent qui exige de la méthode et surtout de la continuité. Continuité des équipes, des réformes et du portage politique », a-t-il déclaré.
Avant même l’ouverture officielle du bureau régional, IBP avait intensifié ses activités au Sénégal. En mars 2026, l’organisation a réuni parlementaires, autorités publiques et organisations de la société civile autour d’un dialogue consacré à la couverture sanitaire universelle.

En avril, elle a accompagné le ministère de l’Éducation nationale dans l’évaluation du Modèle harmonisé de l’enseignement bilingue (MOHEBS), avant d’engager des échanges avec la Direction régionale de la santé de Dakar sur les défis de gouvernance du secteur sanitaire.

Le même mois, IBP a organisé à Saint-Louis un forum communautaire consacré aux impacts sanitaires de l’exploitation gazière, réunissant riverains, professionnels de santé et acteurs de la société civile. L’organisation a ensuite participé, en mai, à la Revue annuelle conjointe du secteur de la santé, puis en juin à un dialogue de haut niveau sur le financement de la nutrition.

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