Avec Marie Fouda
Aux carrefours de Yaoundé et de Douala, ils proposent de l’eau, des fruits, des arachides ou encore des friandises aux automobilistes. Une activité qui leur permet de gagner quelques milliers de francs CFA pour préparer la prochaine rentrée scolaire, mais qui les expose chaque jour aux dangers de la circulation.
Sous un soleil ardent, entre les véhicules qui redémarrent au feu vert, ces enfants se faufilent avec une étonnante agilité. Pour eux, les vacances sont devenues une période de travail. « C’est pour acheter les cahiers, le sac et les fournitures de la rentrée », confient plusieurs d’entre eux. D’autres expliquent vouloir aider leurs parents à faire face aux dépenses du foyer.
Derrière cette présence grandissante des mineurs dans les rues se cache une réalité économique difficile. Certains parents reconnaissent encourager leurs enfants à exercer ces activités, estimant qu’il suffit de leur rappeler de rester prudents. ” Ces petits commerces constituent un moyen d’occuper utilement les vacances tout en préparant la rentrée scolaire”. D’autres, en revanche, condamnent fermement cette pratique. Ils dénoncent une exposition permanente des enfants aux accidents de la route, aux enlèvements, aux violences et à toutes les formes d’exploitation.
Agathe est l’un des parents indigné : ” on voit seulement le côté gain de la chose, les enfants de 7, 8, 9 ans sont là entrain de faufiler en route à leur risque et péril, sous les intempéries. Moi je pense que les enfants devraient profiter pleinement de leur enfance que de porter sur eux les problèmes des adultes dès leur bas âges”.
Pour le sociologue urbain Serge Kenne, ce phénomène traduit avant tout la pression économique qui pèse sur les ménages des grandes métropoles. Selon lui, : “de nombreuses familles adoptent une véritable stratégie de survie en mobilisant tous leurs membres, y compris les enfants, afin de diversifier les sources de revenus. Les congés scolaires créent également un vide en matière d’encadrement, faute de centres de loisirs, de colonies de vacances ou d’activités communautaires accessibles. Les parents cherchent ainsi à éviter l’oisiveté, tout en initiant leurs enfants aux réalités du travail et de la débrouillardise”.
Le chercheur rappelle toutefois que : ” cette logique de résilience familiale ne doit pas occulter les risques auxquels sont exposés ces mineurs : accidents de la circulation, insécurité, exploitation économique ou encore enlèvements”. Pour lui, cette situation interpelle les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs chargés de la protection de l’enfance”.
Il appelle les établissements scolaires, les services des Affaires sociales, les communes, les organisations religieuses et les communautés locales à développer davantage d’activités de vacances, de loisirs et d’encadrement. Une réponse qui permettrait d’offrir aux enfants des alternatives sûres pendant les congés scolaires et de faire en sorte que la quête des fournitures de rentrée ne se transforme plus en parcours semé de dangers.
