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Sénégal | Bataille du pouvoir: Ousmane Sonko prévient Bassirou Diomaye Faye sur la dissolution du parlement

Le divorce entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye prend une nouvelle tournure. Alors que le président sénégalais cherche à consolider son pouvoir avec la création de Kiiraay - les patriotes republicains. L'actuel président de l'assemblée nationale Ousmane Sonko met en garde, « une dissolution de l’Assemblée nationale pourrait se retourner contre le chef de l’État ». Derrière cette mise en garde se profile une bataille décisive pour le contrôle du Parlement, l’avenir de Pastef et l’héritage politique de la rupture.

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Par Julie Peh

Le bras de fer entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye franchit un nouveau cap. Après avoir porté ensemble l’alternance de 2024, les deux hommes se retrouvent désormais au cœur d’une confrontation politique qui menace de redessiner les équilibres du pouvoir sénégalais. En mettant en garde le président contre une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale, Sonko entend rester un acteur central de l’après-Pastef.

« S’il dissout l’Assemblée, là, ce sera pire pour lui. Car nous le battrons à plate couture. »

Derrière cette déclaration, il y a une démonstration de force. Le président de l’assemblée nationale veut rappeler que son influence ne dépend plus de sa présence au gouvernement. Désormais président de l’Assemblée nationale, il dispose d’un autre levier institutionnel face à un président qui cherche, lui aussi, à consolider son propre espace politique.

Pour comprendre cette confrontation, il faut revenir à leur histoire.

En 2024, alors qu’Ousmane Sonko ne peut pas se présenter à la présidentielle, Bassirou Diomaye Faye devient le candidat du camp Pastef. Leur alliance permet de transformer une longue opposition au pouvoir de Macky Sall en victoire électorale. Faye devient président et Sonko Premier ministre. Le slogan « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye » symbolise alors leur unité.

Mais cette unité reposait sur un équilibre fragile. Diomaye Faye possédait la légitimité institutionnelle du président, tandis que Sonko conservait une immense légitimité politique et militante. Les législatives de novembre 2024 renforcent encore cette dualité. Pastef obtient 130 sièges sur 165, donnant au camp présidentiel une majorité écrasante. Sonko conserve l’influence sur cette force politique, tandis que Faye dirige l’État. Deux pouvoirs commencent progressivement à se dessiner.

Puis arrivent les contraintes du pouvoir, la dette publique, le financement de l’État, les négociations avec le Fmi et la nécessité de rassurer les investisseurs. Le Sénégal veut transformer son économie au moment où ses marges financières sont fortement réduites. Les besoins de financement restent considérables, alors que le pays entre parallèlement dans une nouvelle ère avec l’exploitation du pétrole et du gaz. C’est dans cette réalité que les différences de méthode peuvent apparaître. Ousmane Sonko défend une ligne souverainiste plus offensive, fondée sur la réduction des dépendances extérieures. Bassirou Diomaye Faye, lui, doit gérer les contraintes concrètes d’un État basé sur la dette, les marchés financiers, les partenaires internationaux et la stabilité économique.

Le 22 mai 2026, la rupture devient officielle. Le président sénégalais met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko comme Premier ministre. Mais Sonko ne disparaît pas du jeu. Il prend quelques jours plus tard la tête de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165. Le rapport de force quitte donc l’exécutif pour se déplacer vers le Parlement.

C’est dans ce nouveau contexte qu’intervient sa mise en garde contre une éventuelle dissolution.

Mais derrière la menace, il faut regarder le calendrier institutionnel. La Constitution prévoit des conditions précises à la dissolution et interdit notamment au président de dissoudre l’Assemblée durant les deux premières années de la législature actuelle. La question est donc moins celle d’une dissolution immédiate que celle du rapport de force politique qui pourrait se jouer à terme. Et surtout, Sonko sait qu’une éventuelle nouvelle bataille électorale ne serait pas seulement un affrontement entre deux hommes. Elle pourrait devenir un référendum politique sur l’héritage de la révolution Pastef.

Le 25 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye franchit à son tour une étape décisive avec la création de Kiiraay – Les Patriotes Républicains. Le président ne veut donc plus être perçu comme le simple prolongement politique de Sonko. Il cherche désormais à construire sa propre base, alors que Sonko conserve Pastef et dirige l’Assemblée nationale.

Le Sénégal se retrouve ainsi dans une configuration inédite : un président qui construit son propre appareil politique et un président de l’Assemblée qui conserve une importante force militante et électorale. Mais cette bataille ne doit pas être réduite à une querelle d’ego. Les deux hommes sont issus de la même révolution et partagent encore plusieurs objectifs sur la souveraineté économique, la lutte contre la corruption, la meilleure gestion des ressources nationales et la transformation de l’économie. La différence se situe désormais dans l’exercice du pouvoir.

Sonko peut défendre la rupture depuis une position de confrontation. Faye doit, lui, gouverner avec une économie sous pression. Et c’est là que le pétrole et le gaz prennent toute leur importance. Le Sénégal dispose d’une opportunité historique, mais les hydrocarbures ne garantiront pas automatiquement la prospérité. Tout dépendra de la capacité de l’État à transformer ces revenus en emplois, infrastructures, industrie et services publics.

LA DISSOLUTION, OU LE PROCHAIN TEST POLITIQUE ?

La question est de savoir jusqu’où ira le bras de fer. Sonko veut démontrer que le président ne peut pas se débarrasser du Pastef et de sa base électorale en créant simplement une nouvelle formation politique. Faye veut démontrer, de son côté, que la fonction présidentielle lui permet de définir sa propre trajectoire et de gouverner sans rester politiquement dépendant de son ancien allié. C’est pourquoi la dissolution de l’Assemblée est devenue un sujet aussi sensible.

Car une nouvelle bataille électorale pourrait transformer le conflit entre deux anciens compagnons en compétition ouverte entre deux projets politiques issus de la même révolution. Mais le Sénégal doit éviter un piège qui est celui d’une démocratie transformée en duel permanent. Les Sénégalais n’ont pas voté en 2024 uniquement pour changer de dirigeants. Ils ont demandé des emplois, davantage de justice sociale, une meilleure redistribution des richesses et une véritable transformation économique.

La question n’est donc pas de savoir si Sonko peut battre Diomaye ou si Diomaye peut neutraliser Sonko. La question est si leur révolution survivra à leur rupture. Car si la dissolution devient une arme de conquête politique, si le Parlement devient un champ de bataille et si les institutions sont utilisées comme des instruments de revanche, c’est le Sénégal qui risque de payer le prix du duel.

Sonko et Diomaye ont porté ensemble la promesse de la rupture. Ils doivent désormais démontrer qu’ils sont capables de ne pas transformer cette rupture en nouvelle crise de pouvoir. Le Sénégal est plus ancien qu’eux. Et il leur survivra.

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