Par Oumou Fatoumata Diallo
Son séjour au Congo s’effectue sous la protection politique de Denis Sassou Nguesso, une vieille connaissance avec laquelle Alpha Condé entretient des relations de longue date.
Sa présence au Congo n’est d’ailleurs plus seulement discrète. En mai, les deux hommes se sont affichés ensemble à Oyo, fief du président congolais dans le nord du pays. Le 20 juin, Alpha Condé figurait également parmi les invités de marque au mariage de Claudia Sassou Nguesso, fille du président congolais.
Brazzaville comme base de reconquête diplomatique
L’ancien président guinéen cherche désormais à transformer cet exil en plateforme politique.
Depuis les rives du fleuve Congo, Alpha Condé réactive progressivement son carnet d’adresses africain et tente de retrouver ce rôle de vieux routier de la politique continentale qui était le sien lorsqu’il dirigeait la Guinée.
Son nom a ainsi refait surface dans les discussions entourant le dialogue politique en République démocratique du Congo.
Selon plusieurs informations concordantes, Alpha Condé a participé en coulisses à des échanges ayant précédé l’annonce, le 17 juillet, d’une initiative de dialogue en Rdc. Sa présence n’apparaissait pas sur les photographies officielles, mais son implication a été rapportée par plusieurs médias.
Il se trouvait déjà à Brazzaville début juillet, lorsque le président congolais Denis Sassou Nguesso recevait son homologue de Rdc, Félix Tshisekedi. La présidence congolaise joue depuis longtemps un rôle de carrefour diplomatique en Afrique centrale, offrant à Alpha Condé un environnement particulièrement favorable pour renouer avec dirigeants, diplomates et personnalités influentes du continent.
Un homme toujours tourné vers Conakry
Mais derrière cette tentative de renaissance panafricaine demeure une préoccupation beaucoup plus personnelle : la Guinée
Alpha Condé n’a jamais véritablement tourné la page de Conakry.
Son renversement par les forces spéciales dirigées par Mamadi Doumbouya avait brutalement interrompu son troisième mandat, obtenu en 2020 après une modification constitutionnelle extrêmement contestée.
Depuis, les rapports entre l’ancien président et les nouvelles autorités guinéennes restent profondément marqués par cette rupture.
Brazzaville lui offre donc davantage qu’un lieu de résidence. La capitale congolaise lui permet de demeurer physiquement en Afrique, de recevoir des visiteurs et de conserver une existence politique beaucoup plus visible que durant son séjour en Turquie.
Et sur les médias sociaux guinéens, chacune de ses apparitions, rencontres ou déclarations continue d’être interprétée à travers une même interrogation : Alpha Condé prépare-t-il son retour ?
Pour l’ancien président, il ne s’agit pas nécessairement de reconquérir immédiatement le pouvoir. L’enjeu premier semble être de pouvoir rentrer dans son pays tout en conservant son statut d’ancien chef de l’État et son poids politique.
Sassou Nguesso, le précieux allié
Dans cette stratégie, Denis Sassou Nguesso constitue un allié de premier plan.
Le président congolais possède l’expérience, les réseaux et l’ancienneté nécessaires pour ouvrir des portes auprès de nombreux dirigeants africains. Il peut également servir d’intermédiaire dans une éventuelle recherche d’apaisement entre Alpha Condé et les autorités de Conakry.
Le paradoxe est saisissant : l’homme qui dirigeait encore la Guinée il y a cinq ans cherche désormais, depuis Brazzaville, à redevenir fréquentable et utile dans les grandes conversations africaines.
Alpha Condé avance discrètement, sans fonction officielle et sans mandat de médiation connu. Mais sa présence autour de certains dossiers régionaux montre qu’il refuse de devenir un simple ancien président retiré des affaires.
Brazzaville apparaît ainsi comme la base arrière d’une seconde vie politique.
Une renaissance dont l’objectif ultime se trouve pourtant à plusieurs milliers de kilomètres des rives du Congo : retrouver un jour le chemin de Conakry.
