Par Serge Aimé BIKOI
Le promoteur de la bourse du livre était face à la presse ce lundi 10 août à Yaoundé ; il annonce pour ce mardi 11 août 2026 la célébration de 35 ans de son engagement au service du livre, du savoir et de la jeunesse.
L’un des phénomènes graves observés dans les établissements scolaires de nos jours est celui des photocopies que font les élèves ne disposant pas de livres de Français, de Mathématiques, de Sciences naturelles, de Physiques, de Chimie, etc… Indique Ferdinand Nana Payong, promoteur de la bourse du livre. Il constate que ce phénomène très repandu en milieu scolaire au Cameroun, pose un problème éthique et conduit à une mort programmée des éditeurs. “Si les éditeurs sont morts, c’est parce qu’on peut se contenter, dans une salle de classe, de photocopier des livres entiers au détriment de l’éditeur qui a financé, qui a investi. Et si l’éditeur meurt, celui qui va profiter de l’éditeur lui aussi va mourir, c’est-à-dire le libraire”, indique F. Nana Payong.
Le promoteur de la bourse du livre appelle les parents, les médias, les amoureux du livre, de la lecture et de la culture à promouvoir les solutions nobles afin que les élèves ne se limitent pas à photocopier la page à 25 francs Cfa dans un inconfort visible. Il estime qu’en élargissant les espaces de marchés du livre, celui qui s’investit dans ce domaine peut réaliser des bénéfices quatre fois plus élevés que la moyenne. “L’éditeur qui a mis 10.000 livres au programme et qui espère vendre 80% de ces 10.000 livres devrait pouvoir être intéressé parce que nous faisons en sorte qu’il y ait des bénéfices. » explique Nana Payong ; Il salue les pouvoirs publics qui, soutient il « ont compris que l’on peut avoir des solutions pour que le Camerounais qui est dans l’arrière pays se sente concerné par les histoires du Cameroun au même titre que celui qui est à Yaoundé ou à Douala, les deux grandes villes du pays, et qui dispose de moyens.”
F. Nana Payong s’attaque, en outre, aux commerçants qui gagnent des milliards de Fcfa, en vendant des livres scolaires. “Je m’attaque à eux. À mon âge, je n’ai plus peur parce qu’on ne peut pas choisir de gagner des milliards dans un pays où il y a encore une grande majorité d’enfants qui n’ont pas de livres. » et de poursuivre : « Une grande majorité d’enseignants n’ont pas de moyens de travailler dans les salles de classe parce qu’ils n’ont pas un support. Je serai milliardaire, je procurerai des livres, je gagnerai de l’argent, je n’en aurais pas honte et j’offrirai des manuels pédagogiques aux enseignants. Il n’est pas normal que le livre de l’enseignant soit vendu pour gagner de l’argent. C’est comme si le laboratoire pharmaceutique met les produits sur le marché et les délégués médicaux qui vont dans les hôpitaux délèguent aux médecins pour qu’ils essaient. C’est comme s’ils vendaient aussi ces médicaments. Je suis dans le livre depuis 35 ans. Je ne comprends pas pourquoi dans certains pays qui n’ont pas nos moyens intellectuels et nos capacités financières, qu’on ne puisse pas démocratiser l’accès au livre”, fulmine Nana Payong.
C’est en 1991 que Ferdinand Nana Payong lance l’idée de la bourse du livre. Au cours de ces années de récession économique et de “villes mortes” au Cameroun, l’idée de ce promoteur est une aubaine pour les familles démunies. Avec un budget de 18 000 Fcfa et avec l’appui de quelques sponsors, la Bourse du livre enregistre, au bout de 35 ans, près d’une vingtaine de millions de transactions. Le concept est repris à l’échelle du pays, puis du continent noir par plusieurs jeunes diplômés sans emploi. Suite à la dévaluation du Fcfa qui amenuise le pouvoir d’achat des familles, Nana Payong innove encore en 1995, en inventant le Pay per Read (« ne payer que ce qui est lu »), inspiré du mode Pay per View en télévision câblée. Il offre aux élèves qui ne peuvent pas s’acheter de livres la possibilité d’en louer. Pour 5 Fcfa, l’ouvrage par jour. Les parents et les chefs d’établissement apprécient, mais les libraires, inquiets, font pression. En 1998, il doit arrêter l’expérience. Cette aventure dans le livre scolaire reste, néanmoins, la plus grande fierté de cet homme affable aux allures de lutteur sénégalais.
