Par Sandra Embollo
Johann Sitchom est désormais incarcéré à la prison centrale de Kondengui. Il est au cœur de l’enquête ouverte après la remise, le 12 juin 2026, de documents présentés comme des décrets signés par le président de la République à la Cameroon Radio Television (CRTV).
Selon les éléments rapportés sur cette affaire, Johann Sitchom s’était présenté dans les locaux de la télévision nationale avec une enveloppe contenant deux documents destinés à être traités comme des actes présidentiels officiels.
L’un des textes portait sur la création d’un poste de vice-président de la République et aurait désigné Johann Sitchom lui-même pour occuper cette fonction. L’autre document concernait une modification de l’organisation du gouvernement.
Compte tenu de leur contenu, la diffusion de ces textes par la Crtv aurait pu provoquer une importante confusion institutionnelle et politique. Mais les documents n’ont jamais atteint l’antenne. Des anomalies auraient été détectées au sein de la chaîne publique avant leur diffusion, entraînant des vérifications puis le déclenchement de l’affaire.
Johann Sitchom a ensuite été interpellé et soumis à plusieurs interrogatoires. Son déferrement à Kondengui marque désormais le passage à une nouvelle étape judiciaire.
Au-delà de la responsabilité du porteur des documents, une question demeure centrale : qui a fabriqué les faux décrets ?
Les investigations devront notamment établir dans quelles conditions ces documents ont été conçus, avec quels moyens et si Johann Sitchom a agi seul. L’éventuelle existence de complices ou de commanditaires constitue l’un des principaux enjeux du dossier.
L’affaire est d’autant plus sensible que les faux actes n’étaient pas simplement conservés ou diffusés sur les médias sociaux. Ils avaient été physiquement acheminés jusqu’à la Crtv, média public chargé notamment de relayer les actes et communications officielles des institutions de l’État.
Les enquêteurs devront ainsi reconstituer toute la chaîne : fabrication des documents, provenance de l’enveloppe, arrivée à la Crtv, personnes approchées et objectif recherché par l’opération.
L’affaire éclate le 12 juin 2026, cinq jours après le départ de Paul Biya du Cameroun pour un séjour privé à l’étranger. Dans un contexte déjà marqué par les interrogations sur l’absence prolongée du chef de l’État, l’apparition de faux actes attribués à la présidence avait alimenté les discussions sur les médias sociaux. Le placement de Johann Sitchom à Kondengui déplace désormais le dossier sur le terrain judiciaire, où devront être établies son éventuelle responsabilité pénale et celle d’autres personnes susceptibles d’avoir participé à la fabrication ou à la circulation des documents.
