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Cameroun | Football et politique: De l’élimination des Lionnes au sommet de l’Afrique, sur fond de crise au sommet de l’État un sacre pour faire oublier l’absence de Paul Biya

Le Cameroun a remporté, dimanche 16 août à Rabat, la première Can féminine de son histoire en dominant le Malawi (3-0) en finale. Un sacre historique pour les Lionnes indomptables, dont la présence même dans la compétition relevait quelques mois plus tôt de l’improbable.

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Par Hajer Elina

Les Camerounaises n’avaient en effet pas obtenu leur qualification sur le terrain. Battues à l’aller comme au retour par l’Algérie lors du dernier tour des éliminatoires, elles avaient été repêchées après la décision de la Caf d’élargir la phase finale de 12 à 16 équipes. Le Cameroun, parmi les équipes éliminées les mieux classées, avait ainsi récupéré son billet pour le Maroc.

La suite ressemble à un scénario que peu auraient imaginé. Les Lionnes ont traversé la compétition jusqu’à la finale, avant de corriger le Malawi grâce notamment à un doublé de Marie Ngah et un but de Naomi Eto. Après trois finales perdues, en 2004, 2014 et 2016, le Cameroun est ainsi devenu la quatrième nation à inscrire son nom au palmarès de la Can féminine.

Mais derrière cette épopée sportive, des interrogations entourent les circonstances du repêchage camerounais. Selon les confidences faites à Panorama Papers par une source présentée comme proche du dossier, la présence du Cameroun à cette Can aurait résulté d’un arrangement impliquant des responsables de la Caf et de la Fifa, avec la complicité des autorités camerounaises.

Toujours selon cette source, l’objectif aurait notamment été d’offrir au public camerounais un événement sportif fédérateur dans un contexte politique marqué par la longue absence du président Paul Biya. Panorama Papers n’est toutefois pas en mesure d’établir de manière indépendante l’existence d’un tel arrangement, et aucun élément public ne permet, à ce stade, de démontrer que l’élargissement de la compétition aurait été décidé spécifiquement pour favoriser le Cameroun.

Une chose est en revanche établie : éliminées sur le terrain, puis repêchées à la faveur du passage de 12 à 16 participants, les Lionnes indomptables ont transformé cette seconde chance en un premier titre continental.

Avant ce sacre, le Cameroun avait régulièrement joué les premiers rôles dans le football féminin africain sans jamais parvenir à soulever le trophée. Finalistes à trois reprises, les Lionnes avaient chaque fois buté sur le Nigeria. Leur victoire de 2026 met fin à cette longue attente.

Ce triomphe intervient surtout dans un contexte politique particulièrement tendu au Cameroun. Paul Biya, 93 ans, a quitté le pays le 7 juin 2026 pour ce que la présidence avait présenté comme un « bref séjour privé en Europe ». Plus de deux mois après son départ, aucune date officielle de retour n’a été communiquée. Sa présence en Suisse a depuis été confirmée par le gouvernement.

Cette absence prolongée a relancé le débat sur une possible vacance du pouvoir. Des responsables de l’opposition ont demandé au Conseil constitutionnel de constater la vacance de la présidence, tandis que le pouvoir affirme que l’État continue de fonctionner normalement. À ce jour, aucune vacance n’a été officiellement constatée par le Conseil constitutionnel.

La situation est d’autant plus sensible qu’une révision constitutionnelle adoptée en avril a réintroduit la fonction de vice-président, appelé notamment à assurer la succession en cas de décès, de démission ou d’incapacité du chef de l’État. Mais ce poste demeure vacant.

C’est dans ce climat d’incertitude au sommet de l’État que survient le sacre des Lionnes indomptables. Pour la source de Panorama Papers, le succès sportif aurait ainsi constitué une formidable opération de diversion destinée à détourner, au moins momentanément, l’attention des Camerounais des interrogations autour de l’absence prolongée de Paul Biya. Une accusation grave qui reste, à ce stade, celle de la source et qui n’est étayée par aucune preuve publique établissant une manipulation de la compétition par la Caf ou la Fifa.

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