Par Ilyass Chirac Poumié
La victime avait été kidnappée à Ndu, dans le département du Donga-Mantung. Ses ravisseurs avaient ensuite exigé une importante somme d’argent en échange de sa libération.
Sa famille a réuni et versé plusieurs millions de Fcfa aux ravisseurs. Mais au lieu de relâcher leur otage comme convenu, ces derniers l’ont exécuté. Son corps a été retrouvé ce lundi, plusieurs semaines après son enlèvement.
Cet assassinat provoque une vive émotion à Ndu, particulièrement dans le secteur des transports, dont la victime était l’un des principaux responsables.
Une économie criminelle autour des enlèvements
Ndu est l’une des localités fortement touchées par la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 2016. Partie de revendications portées par des enseignants et des avocats anglophones, la contestation s’est transformée en conflit armé opposant les forces gouvernementales à plusieurs groupes séparatistes réclamant l’indépendance d’un État appelé « Ambazonie ».
Au fil des années, les enlèvements contre rançon sont devenus une importante source de financement pour certains groupes armés. Chauffeurs, commerçants, responsables communautaires, agents publics, enseignants, religieux et simples habitants sont régulièrement pris pour cibles.
Les familles sont alors contraintes de réunir rapidement des sommes pouvant atteindre plusieurs millions de Fcfa, souvent sans garantie de retrouver leurs proches vivants. Certaines victimes sont exécutées même après le paiement de la rançon, comme dans le cas du président des chauffeurs de transport de Ndu.
Le secteur des transports particulièrement exposé
Les chauffeurs et transporteurs figurent parmi les principales victimes de l’insécurité. Ils circulent sur des routes contrôlées ou surveillées par différents groupes armés et subissent enlèvements, extorsions, incendies de véhicules et représailles lorsqu’ils refusent de respecter les journées dites de « villes mortes ».
Cette violence persistante perturbe les déplacements, ralentit les activités commerciales et renforce l’isolement de plusieurs localités. Près de dix ans après le début de la crise anglophone, les populations civiles continuent d’en payer le prix, sans qu’une solution politique durable ait encore permis de mettre fin aux affrontements et aux exactions.
