Par Serge Aimé BIKOI
En effet, dans un pays démocratique, la justice a son rôle à jouer et les fonctionnaires de police, tout comme ceux de la gendarmerie nationale, dont certains portent le titre d’Officier de police judiciaire(Opj), ne travaillent pas pour servir le bas-peuple. Mais fort au contraire, ils sont plutôt là pour se servir et plaire à certains pontes de la République. Car, comment comprendre que l’on jette facilement en cellule des citoyens sur la base des soupçons et non des preuves ?
Face à ces cas de violations flagrantes des dispositions légales sur la garde à vue, comme qui dirait, qu’est-ce qui se dissimule derrière le mutisme du Délégué général à la sûreté nationale (Dgsn)? Qui a donné l’ordre aux fonctionnaires de police d’interpeller les quatre journalistes et de les mettre en garde à vue? Sans conteste, si ce n’est le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire en question, c’est un de ses proches collaborateurs ou même un des organisateurs de l’événement lié au Groupe de la Banque islamique de développement (Bid),tenu du 14 au 16 septembre 2026. Dans l’imaginaire collectif, les appareils idéologique et répressif de l’État fonctionnent et bénéficient à l’élite bureaucratique compradore. De même, la justice, champ censé œuvrer pour toutes les catégories sociales(riches et pauvres, grands et petits) appartient aux plus forts. Les pauvres, les indigents continueront, malencontreusement et malheureusement, à languir, à se morfondre et, comme le disent les artistes du mboa, à verser les larmes du mbolé.
Les fonctionnaires de police violent la loi pour protéger les catégories huppées, les bourgeois, les apparatchiks et thuriféraires du régime de Yaoundé. Les unités de la police, les brigades de gendarmerie et les commissariats de police sont mués, aujourd’hui, en sorte de comptoirs commerciaux tant ils sécrètent des pôles de corruption à petite et à grande échelle. Le fait d’être gardé à vue dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie vous expose à des tentations d’extorsion de fonds, voire à une pression permanente, celle de dépenser des sommes d’argent pour corrompre les enquêteurs afin de recouvrer votre liberté provisoire ou de bénéficier d’une relaxe pure et simple. Parfois, les interactions entre les juges d’instruction des différents parquets et les brigades/ commissariats, où sont gardés à vue des individus, traînent durant des jours, voire des semaines parce que les dossiers sont vides. Certains Officiers de police judiciaire ripoux et véreux en charge des dossiers espèrent ponctionner des espèces sonnantes et trébuchantes à des personnes en détention qui, en pareille circonstance, sont en posture de vulnérabilité. Craignant d’être écroués dans les milieux carcéraux des villes camerounaises, d’aucuns préfèrent succomber à des pratiques corruptives pour être libérés des conditions de détention dégradantes et déshumanisantes. Il est donc impératif de condamner, fermement, cette arrestation arbitraire et barbare de certains fonctionnaires zélés et, au bout du compte, ces pratiques rétrogrades qui ternissent l’image des corps de la police, de la gendarmerie et, par extension, de la justice. Il s’agit là de la violation manifeste des droits fondamentaux des journalistes.
