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🇨🇲 Cameroun | Respecter la sacralité des libertés individuelles

Une affaire de vol présumé des lunettes du Ministre de l’Economie finalement retrouvées a conduit quatre journalistes en détention dans un commissariat pendant plusieurs jours avant leur remise en liberté.

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Par Éric Boniface Tchouakeu

Les faits remontent au 16 septembre 2026, lors de la clôture des journées de la Banque Islamique de Développement (BID).

Ce jour-là, trois journalistes, François Essomba, Igor Amos Guinweth Bibey, Pierre Mounchili, sont interpellés par la police, tout comme Solange Djuikam arrêtée deux jours avant plus ou moins dans le cadre de la même affaire.
Ils ont ensuite été placés en garde à vue au Commissariat Central N° 1 de la ville de Yaoundé, après le refus du Commissariat du 10ème arrondissement situé au quartier Bastos, où ils avaient été conduits dans un premier temps, de les garder, d’après les concernés.

Ils ont été arrêtés pour « suspicion de vol » d’une paire de lunettes appartenant au Ministre de l’Economie, de la planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey.

Les lunettes en question ont été retrouvées quasiment le même jour, dans le véhicule personnel du Ministre, et les journalistes ont continué à être retenus contre leur gré, sous le nouveau motif d’ « intrusion non autorisée dans une réunion à huis clos », selon encore leurs déclarations.

Il faut cependant relever qu’après l’ébruitage de la nouvelle de leur arrestation, notamment sur les réseaux sociaux, le syndicat National des Professionnels de l’Information et de la Communication (SPIC), et le Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (Redhac), sont montés au créneau pour dénoncer le caractère arbitraire de leurs arrestations.

Le Ministre de l’Economie, Alamine Ousmane Mey, a démenti toute implication dans l’interpellation de ces journalistes, tout en faisant part du grand respect qu’il avait pour le journalisme et les journalistes.

Le Ministre de la Communication, Porte-parole du Gouvernement, Rene Emmanuel Sadi a pour sa part, reçu le 23 septembre 2026 les quatre journalistes concernés ainsi que certains représentants de la profession, pour tenter d’apaiser les tensions nées de cette malheureuse situation.

Mais au-delà de l’idée d’intimider les journalistes, et par ricochet de porter gravement atteinte à la liberté de la presse, cette affaire remet au-devant de la scène, la problématique du respect des libertés individuelles garanties par plusieurs lois en vigueur ainsi que des règles de procédure, y compris la présomption d’innocence, en matière de répression des infractions au Cameroun.

Dans un pays proclamé « état de droit », la liberté constitue la règle et la détention l’exception. Il est d’ailleurs universellement admis qu’il vaille mieux laisser en liberté un coupable, que d’enfermer un innocent.

C’est dans un tel esprit que, le code de procédure pénale a prévu la possibilité de libération sous caution, ou sous garant au lieu de la garde à vue, et le code pénal a prévu des peines alternatives à la prison, pour des personnes définitivement condamnées.

Des lois nationales et des conventions internationales ratifiées par le Cameroun, fixent des règles à observer en matière de détention avec en filigrane, le respect des droits humains en toute circonstance.

Les aménagements adéquats des lieux de détention avec des conditions d’hygiène répondant aux normes, la qualité de l’alimentation et la santé des personnes privées de liberté, doivent être des priorités, pour les structures qui les retiennent.
Car une personne détenue ne perd en théorie que sa liberté d’aller et venir, même si une telle situation a des conséquences sur beaucoup d’autres qui lui sont reconnues.
Et en amont, tous les intervenants dans la chaine de l’administration de la justice, doivent résister à la corruption et au trafic d’influence, en veillant simplement à la bonne application de la loi.

C’est dans l’intérêt de tous, car chacun quelle que soit sa qualité ou sa position actuelle, y compris ceux qui sont chargés d’administrer la justice, peut se retrouver derrière les barreaux à un moment donné de sa vie.

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